samedi 3 août 2013

Ressources minières : une gestion ni humaine ni durable

Sablière - Aube - France © Yann Arthus-Bertrand
Nous exploitons plus de 30 milliards de tonnes de ressources minérales et énergétiques chaque année. Les réserves de la Terre ne sont pourtant pas illimitées. Avec une demande en forte croissance, certains métaux commencent à manquer et il devient impératif de recycler les matières transformées. Reste que l’industrie minière génère beaucoup d’argent et d’emplois, mais à un coût social et environnemental très lourd.
L’humanité utilise chaque année environ 32 milliards de tonnes de ressources minérales et énergétiques (1). On distingue cinq grandes catégories : les matériaux de construction, les minéraux industriels, les métaux, les minéraux énergétiques et les substances précieuses.
Ces ressources sont réparties très inégalement dans le monde. Certains minerais sont relativement courants, comme le fer - le minerai le plus extrait dans le monde. Sa production atteint 1,6 milliard de tonnes en 2006 et augmente actuellement de près de 10% par an, les trois plus gros producteurs étant, dans l’ordre, la Chine, le Brésil et l’Australie (2). D’autres sont beaucoup plus rares, comme l’hafnium, utilisé notamment dans la fabrication de filaments et d’électrodes, dont les réserves mondiales sont évaluées à un million de tonnes au total (dont la plus grande partie est située en Afrique du Sud).
Mines à ciel ouvert ou souterraines
Il existe différents modes d’exploitation. Une mine à ciel ouvert est une immense cuvette en gradins que l’on creuse en raclant successivement les couches de roche. Une technique récente et particulièrement problématique s’appelle « Mountain top removal » : elle consiste à dynamiter le haut des collines pour accéder directement aux filons. [Débat]
La mine souterraine, la plus commune, ressemble à une immense fourmilière à échelle humaine. Les substances solides, liquides ou gazeuses y sont extraites par des puits.
Les mers renferment des hydrocarbures mais aussi de l’or, des diamants, du cobalt, etc. L’exploitation des ressources dans les fonds marins est cependant difficile et requiert une technologie adaptée. Aujourd’hui, les matériaux extraits de la mer sont essentiellement du sable pour le secteur du bâtiment. Certains granulats marins (des squelettes calcaires d’algues à croissance lente par exemple) peuvent également servir à amender les terres agricoles, au Japon par exemple.
La distinction entre mines et carrières est juridique. Elle dépend de la substance extraite de ces sites, et non pas du type d’exploitation (il existe des carrières souterraines et des mines à ciel ouvert) (3).
L’industrie minière
L’industrie minière (hors énergie) est très concentrée : 40 entreprises représentent 80% de la capitalisation boursière du secteur. La plus grande entreprise minière du monde est l’anglo-australien BHP Billiton (valeur boursière de 165 milliards de dollars en 2007), la seconde est le brésilien Companhia Vale do Rio Doce (4).
Toutefois, une grande partie de la production provient de petites exploitations minières, la plupart illégales. Selon le Bureau international du Travail (BIT), 13 millions de personnes dans le monde travaillent dans ces petites structures, assurant la subsistance d’une centaine de millions de personnes.
Les entreprises du secteur minier se partagent un marché de 820 milliards d’euros annuels (ressources énergétiques comprises) en très forte croissance, notamment en raison de la demande de la Chine. En 2006, les résultats nets du secteur étaient 15 fois plus élevés qu’en 2002 (5).
Entre 2000 et 2004, les minerais ont représenté plus de 50 % de la valeur des exportations de cinq pays (Botswana, Guinée, Jamaïque, Surinam, Zambie), et de 30 % à 50 % pour dix autres pays (par ordre décroissant : Niger, Chili, Mozambique, Papouasie, Congo, Ghana, Cuba, Pérou, Rwanda, Ouzbékistan). [Débat]
Conditions sociales
Les conditions de travail sont souvent très difficiles. Les maladies pulmonaires comme la silicose ou la pneumoconiose sont courantes, de même que les douleurs dues à la chaleur de la mine. Dans certaines mines d’or, de grands réservoirs d’eau stagnante sont maintenus près des mines et favorisent le développement du paludisme. Éboulements, explosions, inondations et incendie, sont responsables de nombreux décès. Rien qu’en Chine, il y a officiellement environ 5000 morts par an dans les mines de charbon, un chiffre très certainement sous-estimé (6).
Impacts environnementaux
L’exploitation des mines est souvent extrêmement polluante. L’extraction de millions de tonnes de roches peut donner lieu à des affaissements de terrain ou à des ravinements. Les débris peuvent aussi obstruer les cours d’eau [Débat]. Les terrils défigurent les sites.
Au cours du processus d’extraction, de l’eau est utilisée en grande quantité, ce qui peut poser problème dans les régions où elle manque (7).
Pour séparer les métaux précieux de la roche extraite, on utilise des produits très toxiques : cyanure, mercure ou arsenic, qui se mélangent à des boues et sont stockés dans des bassins. Mais l’histoire abonde d’accidents où les digues de rétention rompent et déversent leur contenu. Au Guyana, en 1996, 3,4 millions de m³ d’eau contaminée se sont répandus ; en 1998, en Andalousie, ce sont 5 millions de tonnes de boues toxiques ; en 2000, en Roumanie, ce sont 100 000 tonnes de boues qui se sont déversées dans des affluents du Danube et y ont tué quasiment toute vie (8).
Les résidus radioactifs présentent en outre leur lot particulier de dangers et peuvent contaminer les sols ou l’eau.
Fermeture et réhabilitation des sites
Lorsqu’une mine ferme, les communautés locales sont les premières touchées, parfois lourdement [Débat]. Or les problèmes environnementaux ne s’arrêtent pas avec la fin de l’activité. Il faut ensuite réhabiliter le site. On considère que cela relève de la responsabilité de l’ancien exploitant. Il est cependant parfois difficile d’obtenir que ce soit effectivement le cas. Il a parfois fait faillite ou a cessé toute activité dans le pays. Dans le cas d’anciens sites, il est souvent inconnu [Débat].
Une fois le site réhabilité (décontamination, renforcement des sols, terrassements, aménagements de l'espace, etc...), celui-ci peut servir à d’autres activités. C’est le cas par exemple du site touristique d’Eden Project bâti en 2001 dans une ancienne carrière de kaolin, en Grande-Bretagne, et qui héberge plusieurs serres dans lesquelles a été rassemblée une biodiversité exceptionnelle (9).
Le recyclage : une alternative à l’extraction minière
L’épuisement - ou du moins la raréfaction - des ressources minières à long terme est inévitable. Lorsque c’est possible, le réemploi et le recyclage des matières transformées peuvent réduire l’extraction. Le recyclage de l’aluminium, par exemple, permet d’économiser quatre fois son poids en bauxite et jusqu’à 95 % de l’énergie nécessaire à la fabrication du métal primaire (l’aluminium recyclé possède les mêmes propriétés que le métal de première fusion).
Or sale
Le trafic illégal de certaines matières premières comme l’or (« dirty gold » - l’or sale) (10) ou les diamants (« blood diamonds » - les diamants du sang ) (11) sert à financer les conflits, guerres civiles, et mafias locales. Différents processus visent aujourd’hui à mieux contrôler ces trafics.
En 1998, le Conseil de Sécurité des Nations Unies a imposé des restrictions sur la vente et l’importation de diamants bruts originaires d’Angola – à l’époque ravagé par une guerre civile violente financée par le trafic diamant. Ces mesures se sont ensuite appliquées à la Sierra Leone et au Libéria. Elles ont aboutit en 2000 à un programme international contraignant de certification, qui est appelé processus de Kimberley - la ville d’Afrique du sud ou furent menées les négociations. Le processus regroupe aujourd’hui 44 pays exportateurs et importateurs.

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