lundi 16 septembre 2013

Pourquoi ne se rebelle-t-on pas ?


Comment l’apathie populaire s’explique-t-elle ?
L’une des causes en est (...) le conditionnement mental et politique permis par le contrôle des médias et notamment de la télévision. La jeunesse est la première victime : sa culture vient prioritairement du petit écran (...) Avoir ingurgité 100 000 messages publicitaire depuis sa naissance ne facilite guère l’élaboration d’une vision politique du monde (...). 
 
Le prolongement du conditionnement médiatique est le fatalisme, qui est devenu un trait commun de l’époque. Le TINA – « there is no alternative », il n’y a pas d’alternative – de Margaret Tatcher s’est durablement incrusté dans les esprits et se décline sous de multiples modes : il n’y a pas d’autre solution que le capitalisme, puisque le communisme a été vaincu ; nous sommes en démocratie puisque nous ne sommes pas en dictature ; la croissance est indispensable, sinon le chômage augmentera encore ; critiquer les inégalités est populiste ; on ne peut pas taxer les hyper-riches, puisqu’ils s’enfuiraient ailleurs ; tout ce que nous pourrons faire pour l’environnement sera annulé par le poids de la Chine, etc. Les griots des oligarques babillent en permanence ce discours d’impuissance (...).
Le fatalisme est d’autant plus intense qu’il sourd d’une culture devenue massivement individualiste (...) : le succès massif, brillant et incontestable du capitalisme depuis 1980 a été de généraliser à un point jamais vu le repli sur soi, le déni du collectif, le mépris de la coopération, la concurrence ostentatoire. Incapable de s’unir dans la protestation, les plus faibles se réfugient dès lors dans toutes les formes de fuite (...).
L’évidence de l’inégalité planétaire finit par s’imposer au regard de tous, et les habitants des sociétés occidentales, même grugés par l’oligarchie, se savent des privilégiés, ce qui crée une solidarité paradoxale avec la classe dirigeante qui profite cyniquement de la fragilité générale (...). 
 
Une autre raison explique que nos concitoyens ne bousculent pas les possesseurs de yachts et les acheteurs de cigares qui les méprisent si ostensiblement : ils croient que nous sommes en démocratie. Imparfaite, malade, fatiguée, mais en démocratie. Or, la démocratie, c’est le pouvoir du peuple, n’est-ce pas ? Comment donc le peuple pourrait-il se révolter contre lui-même ?
Dans la plupart des pays occidentaux, le sentiment démocratique est durablement enraciné dans l’esprit populaire. Tous veillent à entretenir soigneusement le décor des procédures qui en constituent le rite et dont l’élection est le solennel dénouement. Le théâtre politique est indubitablement coloré : on vote fréquemment, les institutions fonctionnement, les politiciens s’agitent sans repos, le bruissement incessant des
informations et des commentaires semble témoigner de la vitalité de la libre expression. Comment ne pas penser que nous sommes en démocratie ?

Extrait de « L’oligarchie ça suffit, vive la démocratie » d’Hervé Kempf (chapitre5) 
 



PS : puisque nos maîtres n'ont pas envie, en haut lieu, de voir ce texte diffusé, je suggère que nous le diffusions particulièrement intensément, bien en clair, en gros et gras, pas caché du tout, nous les manants, avec les moyens du bord...
On aura toujours des voleurs de pouvoir, il y a toujours des gens qui veulent décider à la place des autres, mais le tirage au sort sert à nous protéger collectivement de ces voleurs de pouvoirs (sans qu'on sache à l'avance lesquels) en affaiblissant les représentants : le principe de la démocratie… enfin... on parle de >démocratie< partout… mais je dois avoir 3 ou 400 livres spécifiquement sur la "démocratie => il n'y en a PRESQUE PAS qui parlent de démocratie (à part quelques uns que j'aime particulièrement), mais la plupart parlent du 'gouvernement représentatif', qui n'est PAS une démocratie — et depuis le début ! : je prends juste 30 secondes, mais à peine (même pas : 15 secondes) pour vous lire, parce que je trouve que c'est très important pour comprendre : je vous PROUVE ce que je dis, quand je dis "nous ne sommes PAS en démocratie": véritablement, ceux qui ont conçu le régime dans lequel nous vivons étaient des hellénistes, ils connaissaient très bien la Grèce antique, et ils savaient qu'ils ne voulaient PAS de démocratie.

Je vais vous lire une phrase de Sieyès, très vite,
Sieyès : un fondateur du régime dans lequel nous vivons : ouvrez les guillemets, je n'invente pas, texto, c'est dans le Dire sur le véto royal, 7 septembre 1789 :


« Les citoyens qui se nomment des représentants renoncent et doivent renoncer à faire eux-mêmes la loi. Ils n'ont pas de volontés particulières à imposer. S'ils dictaient des volontés, la France ne serait plus cet État représentatif, ce serait un État démocratique. Le peuple, je le répète, dans un pays qui n'est PAS une démocratie (et la France ne saurait l'être), le peuple ne peut parler, ne peut agir que par ses représentants »


Rosanvallon explique bien le moment où, au début du 19e siècle, on s'est mis à appeler >démocratie< ce qui était conçu, pensé, comme son véritable contraire…

Et je vous recommande un livre qui peut changer votre vie, vraiment, qui n'a pas un titre sexy => si on ne vous en parle pas, vous ne le choisirez pas tout seul en le voyant sur un rayon de bibliothèque… Et pourtant
c'est un livre essentiel, c'est un livre qui fait la balance entre le tirage au sort et l'élection, honnêtement, c'est Bernard Manin qui a écrit ça, un prof à New York, prof [aussi] à l'EHESS, et qui a fait UN LIVRE ESSENTIEL POUR NOUS TOUS, avec un titre qui n'est pas appétissant qui cache une merveille : les premiers paragraphes, vous allez voir, c'est tout de suite passionnant. Il s'appelle "Principes du gouvernement représentatif"…

En fait, ce gars-là [Bernard Manin] s'étonnait que nous appelions >démocratie< un système qui a été pensé dès le départ comme une anti-démocratie, qui est encore aujourd'hui, précisément une anti-démocratie : quand on désigne des maîtres politiques qui vont tout décider à notre place, nous ne sommes pas des citoyens, autonomes, qui produisons nous-mêmes notre droit, nous sommes des électeurs, c'est-à-dire que nous sommes hétéronomes, nous subissons la loi écrite par d'autres…

(C'est possiblement meilleur, j'imagine bien, moi, une véritable aristocratie dans laquelle nous choisirions VRAIMENT les meilleurs, que nous tiendrions vraiment sous contrôle, tous les jours, révocables, rendant des comptes, une véritable aristocratie, ce serait possible, hein, il n'y a pas que la démocratie…)
Mais que nous appelions >démocratie< le régime dans lequel nous vivons aujourd'hui, c'est l'acceptation d'une inversion des mots qui nous interdit de même vouloir l'alternative dont nous avons besoin. Et donc je pense qu'il faut vraiment remettre à l'endroit les mots importants…
Texte lu sur le blog d’Étienne Chouard

Livre de Bernard Manin sur Amazon

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