mardi 5 novembre 2013

Fiers d’être Bourguignons

Tout le monde connait cette chanson populaire, qui évoque la fierté que les Bourguignons ont de leurs vins, mais Lydia et Claude Bourguignon, qui mènent depuis des années une croisade contre les pratiques agricoles dangereuses, dénonçant les violences faites aux sols, l’utilisation d’engrais chimiques et prouvant que il est bien plus rentable de traiter le terroir avec respect et intelligence, peuvent être fiers du travail accompli.
Ils ont créé en 1990 le LAMS, le laboratoire d’analyse de sol spécialisé dans l’étude écologique de profil cultural, afin de restaurer la biodiversité des sols. lien
Ces pionniers ont alerté les consommateurs, dès les années 70, constatant la dégradation rapide de la biomasse, et l’appauvrissement des sols en micro organismes, la perte d’humus, et la perte de productivité des sols.
Ils étaient en mars 2013 sur l’antenne de France Culture dans l’émission bien connue « on ne parle pas la bouche pleine » et ont fait un joli tour d’horizon de leur méthode, dénonçant l’utilisation des engrais chimiques qui ne font qu’aggraver une situation déjà largement compromise. lien
Sur le thème « marnage et compostage sont les deux mamelles de l’agriculture », ils constatent les graves erreurs qui ont été, et sont encore, commises.
Défendant le BRF (bois raméal fragmenté) qui permet de refaire du compost, mais aussi de cultiver quasi sans arroser. (lien), faisant l’éloge du purin d’ortie, expliquant combien les méthodes actuelles de labourage sont néfastes à l’agriculture puisque toute la vie microbienne, et mycologique, est détruite par le retournement du sol, ils font du même coup la promotion de la Grelinette, cet outil merveilleux qui tout en aérant le sol, permet d’enlever les herbes indésirables, mais sans perturber l’équilibre du terrain. vidéo
Ils expliquent aussi comment piéger les pucerons en leur proposant quelques pieds de capucines, qui vont les attirer, protégeant ainsi les légumes à proximité, ou pourquoi planter de l’ail à coté des fraises, afin d’exacerber le goût de ces dernières, de booster le parfum des roses, pourquoi faire voisiner le poireau et la carotte, et tout le bienfait de la présence des plantes aromatiques dans nos jardins. lien
Tous les secrets d’une bonne culture sont dévoilés par ces chercheurs, qui ont quitté l’INRA, pour défendre une agriculture propre et de qualité.
Ils encouragent les jardiniers amateurs, qui tout en se donnant la possibilité d’une production bienvenue par ces temps de crise, sont aussi le moyen de sauvegarder les espèces anciennes, en produisant des graines, qu’ils échangent avec d’autres, mettant en échec l’agro-industrie qui fait exactement le contraire.
Le jardin devient donc grâce à eux une réserve de biodiversité, qui permet de préserver un patrimoine ancien, s’opposant ainsi à l’homogénéisation voulue par les lobbies de l’agro industrie.
Lydia et Claude Bourguignon font donc, entre autres, la guerre aux Monsanto & Co, sans que leur nom n’ait jamais été envisagé pour le moindre prix Nobel, et pourtant cette lutte menée depuis un demi-siècle commence à porter ses fruits, si l’on considère le nombre toujours plus grand d’agriculteurs qui se tournent aujourd’hui vers une agriculture responsable.
Chaque jour, une dizaine d’exploitations supplémentaires s’engagent dans l’agriculture biologique à tel point qu’il devient de plus en plus difficile pour l’état de répondre à la demande, et d’accorder les aides prévues pour les conversions. Lien
En mai 2012, plus d’un million d’hectares étaient déjà acquis à la cause de l’agriculture propre, et ce sont Rhône Alpes, Languedoc-Roussillon et Midi Pyrénées qui décrochent le pompon. lien
Pourtant ce n’est pas gagné.
De toute évidence, les petits bourguignons, face au géant Monsanto, sont lancés dans une lutte inéquitable, d’autant que les lobbies de l’agriculture chimique ont pignon sur rue à Bruxelles, tout près des bureaux des commissions européennes, et s’invitent régulièrement dans les locaux de l’assemblée européenne, avec des arguments généralement de poids. lien
Alors Monsanto continue d’empoisonner les sols, à preuve l’enquête sur nos grands crus que vient de publier le mensuel « Que Choisir » amenant son lot de surprises : les pesticides se sont invités dans nos bouteilles et l’enquête a mis en évidence les quantités surprenantes de pesticides polluants nos grands crus.
Les vins blancs sont plus touchés que les rouges, et la région bordelaise, tout comme la Bourgogne sont plus frappées que le Sud-est, ou la vallée du Rhône. lien
L’enquête révèle qu’il y a 300 fois plus de pesticides dans le vin que dans l’eau potable, et les grands bordeaux font figure de mauvais élèves, avec des quantités de pesticides atteignant les 441 µg/kg. lien
Au moment ou les foires aux vins se multiplient, ce n’est pas une bonne nouvelle, et si cette situation existe, c’est qu’il n’y a pas, comme pour l’eau, de règlementation concernant les pesticides dans le vin.
En effet, la LMR (limite maximale de résidus) n’est pas mentionnée sur les étiquettes de bouteilles de vin, et c’est une grosse lacune.
Heureusement, « Que Choisir » est là, et son numéro d’octobre 2013 épingle vins blancs et vins rouges, avec une surprise de taille : le bio n’y échappe pas.
Pour être tout à fait complet, il faut tout de même préciser que la teneur maximale en pesticides des vins bios est 33 fois plus faible que celle des autres vins.
Sur les 92 vins étudiés, seules 13 bouteilles échappent à la pollution aux pesticides, et sur ces 13 rescapés on trouve seulement 6 vins bio. lien
Alors que la norme pesticide concernant l’eau est fixée à 0,5 µg/kg, les experts de « Que Choisir » ont trouvé dans les vins analysés des valeurs allant de 106 à 355 µg/kg. lien
Bien sur, on ne peut que se réjouir qu’aujourd’hui, la surface consacré aux vignobles bio ait triplé en 5 ans, mais si cette progression est régulière, elle est marquée à la culotte par celle des pesticides qui ont continué d'augmenter de près de 3% entre 2008 et 2011.
Une autre étude menée par des ONG environnementales européennes a révélé des taux 5800 fois plus élevés de pesticides dans le vin, par rapport à la concentration autorisée dans l’eau.
Chacun sait que les pesticides sont des « cancérigènes possibles ou probables  », et qu’il faut tenir compte du fait que ces substances toxiques peuvent s’accumuler dans nos organismes, même lorsque le taux en pesticides est acceptable au vu des normes européennes.
Il serait donc temps que figurent ces taux sur les étiquettes de nos grands, ou petits, crus.
Au-delà de ces problèmes de pesticides, il faudrait aussi évoquer celui du soufre, car, pour la grande majorité des vignerons, le soufre est indispensable à la conservation du vin.
Pourtant on commence aujourd’hui à trouver des vignerons qui ont décidé, avec succès, de ne plus mettre le moindre gramme de soufre dans leur vin.
Alors que de nombreux spécialistes affirment que c’est impossible de faire un vin sans ajouter de sulfites, surtout si on entend les faire vieillir, ils sont pourtant de plus en plus nombreux à emprunter cette voie. lien
Alors allons nous avoir demain un monde sans Monsanto, des agriculteurs toujours plus respectueux de la terre suivant les conseils des Bourguignons, et des vins sans pesticides, ni soufre ?
Il est toujours permis de rêver, car comme dit mon vieil ami africain : « ne laisse personne te convaincre que tes rêves sont trop grands ».

Olivier Cabanel  Source

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