mercredi 6 novembre 2013

Pour avoir dénoncé une bavure médicale, le chirurgien devient un "pestiféré"

Pour avoir dénoncé une bavure médicale, le chirurgien devient un "pestiféré"
Parce qu'il voulait dénoncer une bavure médicale, un chirurgien du CHGM a été écarté du bloc opératoire, interdit (illégalement) d'exercer dans l'ouest par un directeur zélé et lâché par une administration publique complice. Il a porté plainte pour harcèlement.
Pendant les six premières années qu'il a passées dans le bloc opératoire du centre hospitalier Gabriel-Martin, à Saint-Paul, tout s'est bien passé, pour le Dr Christian Loth, chirurgien spécialiste des viscères. Et puis, en 2002, au retour de ses congés, il découvre une patiente dans un état critique. Elle vient de subir une seconde intervention pratiquée par un de ses confrères, pour récupérer le champ opératoire - ce morceau de tissu médical de 50 cm sur 50 -, oublié dans l'abdomen de la mère de famille de 49 ans. Elle n'a pas survécu à cette bavure médicale. Tandis que  le Dr Loth dénonçait officiellement ces dysfonctionnements à sa hiérarchie, une véritable cabale se liguait contre lui. D'ailleurs, 11 ans après les faits, le praticien n'est toujours pas réhabilité, lorsqu'il se présente à la barre du tribunal correctionnel pour le procès qu'il intente, pour harcèlement moral, au CHGM et à son directeur en 2005, Gérard Kerbidi.
 
Pire, puisque, à l'audience de mardi, l'avocat de l'établissement hospitalier, Me Pierre Crégut, n'hésite pas à fustiger le praticien. "En dénonçant ces dysfonctionnements, le Dr Loth a voulu jouer le grand justicier, le chevalier blanc . Il n'a pas respecté la solidarité du corps médical". Comme l'a montré l'instruction judiciaire détaillée par le bâtonnier Djalil Gangate, avocat du chirurgien, l'administration publique, préfecture comprise, a couvert l'erreur médicale qu'un procureur aurait très bien pu qualifier d'homicide involontaire. Le monde médical  soigne bien son omerta et la justice ne fût pas informée de ces faits en 2002. Mieux, à l'époque, la Drass a signé un accord avec le chirurgien fautif qui a quitté le CHGM et La Réunion en 48 heures, sans être inquiété. "Je ne suis pas sûr qu'aujourd'hui encore, la famille et les ayant-droits de la patiente savent pourquoi est décédée leur proche", déplore le Dr Loth, à la barre.
 
Privé de traitement
 
A partir de 2002, le chirurgien de Saint-Paul a vu ses conditions de travail se dégrader. Une véritable coalition s'est soudée contre lui. Les anesthésistes refusaient d'endormir ses patients, le personnel hospitalier l'isolait, jusqu'à ce que le directeur de l'époque, M. Abodel le désinscrive du tableau des gardes. Une véritable interdiction de travailler initiée par le directeur du CHGM contre "l'homme qui ne couvre pas les erreurs des autres", selon son avocat.
 
Le Dr Loth a été profondément affecté, psychiquement, par cette mise à l'index. Il a été placé en arrêt de maladie, privé de bureau et son ordinateur a été reformaté. Interdit de prendre le bistouri, il a cependant continué de percevoir son traitement. Un scandale qu'il a, de sa propre initiative, dénoncé à la Chambre régional des comptes. Deux jours après le directeur du CHGM faisait suspendre son salaire. Mais jamais le Dr Loth n'a été entendu par les commissions prévues dans les textes pour juger de son comportement. "Jamais sanctionné, jamais suspendu réglementairement, quand la Drass et l'Igas finiront par admettre officiellement le dysfonctionnement fatal de 2002, et la falsification du rapport opératoire, plaide Me Gangate. Et ce directeur qui l'a écarté dira, dans une enquête administrative, qu'il n'a rien à reprocher au Dr Loth"
Lorsque le praticien hospitalier est de retour à son service, après une mise en demeure signée du directeur, c'est pour s'entendre dire qu'il est en congé d'office, alors même qu'il a déjà épuisé ses droits. "Il était le pestiféré!", dénonce Me Gangate. 
 
"Mon client était interdit d'exercer à Saint-Paul, mais il pouvait opérer n'importe où ailleurs. Le directeur de l'hôpital considérait, sans qu'il soit habilité à le faire, qu'il représentait un danger pour les patients. Mais seulement pour la population de l'ouest. Ailleurs, il pouvait s'occuper des malades!", dénonce l'avocat du plaignant.
Le Dr Loth a repris du service au sein de la fondation Père Favron. "J'étais dans la plus parfaite illégalité, mais ce n'était pas de ma responsabilité", raconte-t-il. D'un point de vue professionnel, la cour administrative d'appel de Bordeaux a rétabli le Dr Loth dans ses droits. Mais sur le papier seulement. "La réintégration ordonnée par la justice administrative n'a jamais été effective, constate la vice-procureure Véronique Maugendre. Dans ce dossier, il y a une véritable atteinte à la dignité du plaignant, à sa vie, à ses conditions de travail. L'infraction est constituée, et je requiers contre le centre hospitalier Gabriel-Martin, une amende à l'appréciation du tribunal".

Aujourd'hui, le Dr Loth a intégré, de facto,  le groupe hospitalier Est-Réunion, né de la fusion entre l'établissement Père Favron et la clinique de Saint-Benoît. Et c'est le CHGM de Saint-Paul qui assure sa rémunération...
 
Le tribunal dira le 6 décembre, si le Dr Loth a été victime d'un harcèlement moral.
 

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