Non, ceci n’est pas un article qui concerne la politique, mais bien une courte réflexion qui jette un regard inquisiteur sur une des étranges propriétés de ce monde.
Il est bien connu que les gauchers sont l’ »exception à la règle » en ce qui a trait à notre latéralité. Ils ne sont, pour ainsi dire, pas sur le « droit » chemin. Bien que, de nos jours, l’utilisation de la main gauche soit plus acceptée, il n’y a pas si longtemps, celle-ci était tout simplement proscrite. En effet, la règle de l’instituteur s’abattait bruyamment sur toute main qui osait se démarquer du troupeau, car notre monde ne tourne que dans un sens : le bon. Les aiguilles des montres et des horloges du monde entier tournent toutes dans le même sens : vers la droite. Malgré qu’il soit de mise d’avoir un certain standard en matière d’ingénierie des objets courants, il n’est pas une vis, un pot ou un robinet qui ne respecte pas cette règle arbitraire : la droite fait, la gauche défait.
La gauche est donc le mauvais, l’antithèse de l’évolution, de ce qui se maintient et du flot naturel des choses.
Lorsque quelqu’un n’est pas particulièrement habile, et ce, peu importe dans quel domaine, ne dit-on pas qu’il est « mal-à-droit » ou tout simplement qu’il est « gauche »?  Il y aurait donc un sens au « bon » et un sens au « mauvais »?
Gauche, adj. : 1) Du côté de la main qui est non dominantechez la majorité des êtres humains. 2) Qui n’agit pas avec aisance, grâce. 3) Dont au moins une série d’au moins trois points choisis sur le bord ou la surface d’une chose ne présente pas d’alignement. 4) Qu’un plan ne peut contenir.
Droit(e), adj. : 1) Dont n’importe quelle série d’au moins trois points choisis sur le bord ou la surface d’une chose présente un alignement. 2) Vertical. 3) Qui respecte la morale. 4) Dont le raisonnement est correct.
Droit, n.m. : 1) Pouvoir, permission de faire qqch. en vertu de règles reconnues dans une collectivité humaine. 2) Autorité morale, privilège. 3) Ensemble des principes qui régissent les rapports des hommes entre eux et qui servent à définir les lois.
Alors, tenons-nous-le pour dit : Ce sera la main droite qui jurera « La Vérité, toute la Vérité », car, en vérité, Dieu est droitier!
L’analogie qu’il est possible de faire avec la politique n’est pas fortuite. La gauche socialiste et révolutionnaire (qui défait) est en opposition directe avec la droite conservatrice (qui fait). Bien qu’en réalité, cette différence (au niveau politique) n’est qu’illusoire, cette dichotomie droite/gauche conserve les attributs généralisés du bien et du mal.
Tout ceci n’est, bien sûr, que convention. Mais il est justifiable de se demander pourquoi une telle imposition académique, pourquoi un tel refus d’ « aller à gauche »?
En ce qui concerne ce décret imposé à notre latéralité manuelle, il pourrait très bien s’expliquer par le type de société dans lequel nous vivons et qui nous a été, plus ou moins, imposé : celui de l’intellect matérialiste. En effet, quoi de mieux, afin de former des « scientifiques », des penseurs linéaires et des « gardiens de l’ordre » plus matérialistes qu’existentialistes, que de ne faire travailler qu’un seul côté de la majorité des cerveaux humains, c’est-à-dire, en imposant une latéralité manuelle uniquement basée sur l’utilisation de la main droite en tant que « main dominante »? Il est bien connu que parler, lire, écrire et penser avec des nombres sont des fonctions assurées principalement par l’hémisphère gauche alors que la perception de l’espace, la géométrie, la cartographie mentale et notre aptitude à manipuler des formes dans notre esprit sont dues principalement à l’hémisphère droit. Roger Wolcott Sperry s’exprime ainsi quant à cette différence et son utilisation en société :
« L’idée principale qui émerge… est qu’il y aurait deux modes de pensée, le verbal et le non-verbal, représentés respectivement dans l’hémisphère gauche et l’hémisphère droit, et que notre système éducatif, ainsi que la science en général, tend à négliger la forme non verbale de l’intellect. Ce qui revient à dire que la société moderne fait une discrimination contre l’hémisphère droit. »
Ne perdons pas de vue la paradoxale façon dont notre cerveau utilise son côté gauche pour contrôler le côté droit de notre corps, et vice-versa. C’est donc dire que la droite est à l’honneur quoique subtilement contrôlée par la gauche (j’espère ne pas trop m’exprimergauchement!). C’est d’ailleurs au nom de ce principe du « bon » que tout le système légal et juridique porte le nom de « Droit ».
En résulte donc un monde qui ne tourne que dans un sens, un monde où tous s’en vont à droite, gouvernements compris.
Pour quelque chose qui peut sembler anodin à première vue, l’ampleur du résultat d’une telle pratique a pourtant de quoi susciter un questionnement sérieux. En effet, en préférant (imposant) le développement du rationnel et de la logique à celui de l’intuition et du non-verbal, nos sociétés actuelles, dites « civilisées », orientent le développement des facultés et des potentiels humains dans une direction au détriment de l’autre. Non pas que le choix inverse aurait été mieux, mais le libre choix de chaque individu aurait apporté diversité et complémentarité dans les divers domaines de la connaissance et de la technique. Qui plus est, à mon avis, le développement simultané des deux latéralités (l’ambidextrie) permettrait le développement équilibré et holistique de nos facultés.
À l’heure actuelle, la majorité d’entre nous avons développé une « préférence » pour l’utilisation de l’hémisphère gauche du cerveau, ce qui, qu’on le veuille ou non, nous fait voir la réalité que sous un seul angle, alors que nous en disposons de deux. Cette prépondérance est facile à mettre en évidence. La « danseuse » qui a récemment fait le tour d’Internet en est une preuve flagrante.
Tous à droite! Eh oui, la plupart d’entre nous la voyons tourner vers la droite, c’est-à-dire dans « le sens des aiguilles d’une montre », dans le « bon » sens. Nous sommes de « bons » élèves n’est-ce pas? Pourtant, il est possible de la voir tourner de l’autre côté. Un simple « tour » de l’esprit, une simple utilisation de l’autre hémisphère et le « tour » est joué. Mais ce n’est, bien entendu, pas toujours aussi facile que ça.
Voici une autre image, plus simple, que notre cerveau rationnel peut plus aisément concevoir « dans les deux sens ».
Il s’agit de voir le prisme en trois dimensions et d’y placer/déplacer l’axe X-Y afin de le positionner en arrière-plan ou en avant-plan du prisme. Malgré notre éducation « de droite », certaines personnes ont tout de même une préférence différente quant à l’utilisation spontanée d’une ou l’autre des hémisphères de leur cerveau et cette image (tout comme de la « danseuse ») permet de la déterminer. Ceux qui voient spontanément l’axe X-Y en arrière-plan ont une préférence pour l’hémisphère gauche. Ce sont, principalement, ceux de l’école « de droite ». Ceux qui voient l’axe X-Y en avant-plan du prisme ont une préférence pour leur hémisphère droite (principalement les gauchers).
Donc, par un petit effort mental, il est possible de faire un « saut hémisphérique » et de voir le prisme d’une façon ou de l’autre. Cet exercice est d’ailleurs fortement recommandé par Pascal de Clermont et Pascal Colombani (auteurs du livre Mentalisme, ces pouvoirs que nous avons tous) afin de développer, en partie, notre hémisphère le plus faible. Voici ce qu’ils en disent :
Vous répétez cet exercice mental jusqu’à ce qu’il vous devienne familier. Commencez alors à étudier les ressentis et sensations en vous lorsque se déclenche ce phénomène connu sous le nom de « saut hémisphérique ». Apprenez à le reconnaître et à le reproduire. À chaque fois que vous vous sentirez bloqué sur un problème et désirerez passer dans « l’autre cabane », exercez-vous à ce petit saut pour l’homme… Amusez-vous, par exemple, à « voir » le « C » de la marque des magasins Carrefour à votre gré. Un temps, le logo semble un simple dessin en deux formes géométriques. L’instant d’après, vous ne voyez plus que le « C ». Vous avez réalisé un saut hémisphérique.
[…] Nous avons aussi souvent tendance à nous autobloquer d’un côté du cerveau, à négliger les capacités et aires de l’autre hémisphère, et de scier laborieusement la planche avec un vieux couteau édenté. Au moment de résoudre un problème, trouver un mot qui nous échappe, développer une idée, on se trouve bloqué. On sait qu’on a l’information en soi, mais c’est comme si on n’arrivait pas à l’atteindre. Et pour cause, on ne cherche pas dans la bonne cabane ! La solution, c’est de passer de l’autre côté. [1]
Un autre exercice, qui permet de développer notre hémisphère oublié, consiste, bien évidemment, à se forcer à utiliser notre main non dominante pour les tâches complexes et reléguer le rôle de porteur et/ou de soutient à notre main dominante : écrire de la main gauche, inverser nos ustensiles en mangeant, changer notre souris de côté du clavier, etc. Mais attention aux tendinites et aux accidents! Notre gaucherie est grande :-O
Pour conclure, je dirais qu’en ces temps changeants où nous sommes de plus en plus nombreux à désirer autre chose de notre monde actuel, une autre vision, la possibilité de pouvoir consciemment faire travailler notre hémisphère dormant se révèle, à mon sens, d’une certaine valeur, pour ne pas dire d’une valeur certaine. Considérant que pour la plupart d’entre nous notre latéralité et, par conséquence, notre façon d’utiliser notre cerveau nous ont été imposées, il est intéressant de se rendre compte à quel point notre vision du monde peut en être influencée et ce que nous pouvons faire pour la rééquilibrer.
Longue vie à l’ambidextrie!
Source