mercredi 15 janvier 2014

Lettre ouverte à Frédéric Taddeï

Fredo, qu'est-ce qui se passe ?
Beaucoup voient en ton émission, depuis des années, le dernier espace médiatique où les mots « liberté d'expression » « pluralisme » et « débat » ont encore un sens. Un OVNI médiatique où la bien-pensance et les poncifs habituels n'ont pas leur place.
Seulement voilà, j'avais déjà dû serrer des dents depuis la rentrée 2013 de CSOJ lorsque tu m'infligeais à plusieurs reprises la présence de Jacques Attali, encore. Certes, le père Attila a droit lui aussi à son quart d'heure de célébrité, mais voilà, dépassée la décennie cumulée de célébrité je me dis que, peut-être, sa place - bien chauffée - pourrait être laissée à quelqu'un d'autre, quelqu'un qui apporterait un regard différent sur notre monde. Les blagues les plus courtes sont les meilleures tu sais, et on commence à connaître celle d'Attali par cœur.
J'avais déjà dû, disais-je, serrer des dents et avaler la pilule attalienne pour la énième fois, mais ma mâchoire n'a pas résisté à ta dernière émission consacrée à « l'affaire Dieudonné ». A trop serrer des dents on en finit par tout casser.

Fredo, qu'est-ce qui s'est passé ?
Étais-tu si peu inspiré par le sujet du soir pour inviter dans le « camp des défenseurs de Dieudonné » trois personnes sur quatre qui le qualifient ouvertement d'antisémite notoire, de raciste semi nazi obsédé maladivement par les juifs ? Il ne fallait pourtant pas vraiment se fouler pour remarquer que des artistes tels que Plantu, le Comte de Bouderbala ou encore Alexandre Astier, ne participaient pas au lynchage généralisé et apportaient même un soutien argumenté à Dieudonné.
Alors pourquoi avoir invité ces faux soutiens de l'humoriste ? Pourquoi le débat a-t-il été bridé à la question biaisée « Quelle est la meilleure façon de répondre à l'agitateur antisémite Dieudonné » et pourquoi la vraie question « Dieudonné est-il vraiment antisémite ? » n'a-t-elle pas été posée ? Pourquoi la dernière émission potable de la télévision officielle a-t-elle posé comme acquis l'antisémitisme de Dieudonné ?
Fredo, te rends-tu compte qu'il n'y a pas eu de débat sur CSOJ vendredi dernier ? Te rends-tu compte que tes sept invités - d'accord entre eux sur l'essentiel - se sont attachés à rendre impossible l'expression de la seule voix discordante de la soirée, Jean Bricmont ? T'es-tu rendu compte de l'arrogance d'un Jakubowicz qui put développer son premier argumentaire durant six longues minutes sans n'être jamais interrompu une seule fois et qui s'employa par la suite à mépriser les prises de parole de Jean Bricmont ?
[ Une invitée, agacée qu'on ne laisse pas parler Bricmont « Laissez le parler quand même. », Jakubowviz « C'est pas indispensable non plus. » ; Bricmont agacé qu'on lui coupe une énième fois la parole « Bon ça commence bien. », Jakubowviz « Si ça commence mal, terminez, je pense que ça sera une très bonne solution. ». ]
Fredo, toi qui semble être attaché aux faits et qui n'hésite pas, la plupart du temps, à reprendre tes invités lorsqu'ils se trompent factuellement, comment as-tu pu laisser passer l'ignoble mensonge sur le salut nazi supposé de Dieudonné lorsqu'il a salué ses fans à Nantes en partant du Zénith ? Comment as-tu pu laisser passer un mensonge aussi grotesque ? Fredo, la liberté d'interprétation n'est pas totale, elle ne doit pas faire fi de la réalité. Personne ne te demandait de soutenir Dieudonné, mais pourquoi s'effacer ainsi du débat et laisser passer cette contre-vérité propagandiste ?
Le clou du spectacle acheva définitivement ma mâchoire. Un cerveau malade sur le plateau ce soir ? Quel revirement de situation, me disais-je. Dieudonné viendra-t-il en personne se défendre ? Alain Soral réapparaîtra-t-il sur un plateau télé ? Que nenni. Marc-Edouard Nabe était là, jambes croisées, frétillant, prêt à apporter sa petite pierre à l'édifice anti-Dieudonné bâti en cœur ce soir là.
Fredo, quel courage. Bravant les consignes de Patrick Cohen tu n'as pas hésité à réinviter un cerveau malade...afin qu'il tape à son tour sur les autres cerveaux malades...
Belle tactique : inviter un cerveau malade et passer de fait pour un insoumis, pour un héros de la liberté d'expression, mais, choisir le cerveau malade qui crachera sur ses « compères » afin de ne pas sortir, de cette manière, de l'expression autorisée, de ne pas choquer la toute puissante bien-pensance.
Il est vrai que le débat équilibré du soir méritait bien une petite dose supplémentaire de crachat sur Dieudonné. Merci pour ce rééquilibrage des forces.
Tu l'auras compris Fredo, si je m'adresse à toi ce n'est pas parce que je te tiens pour responsable des propos absurdes et/ou ignobles qui peuvent être proférés dans ton émission. Mais c'est bien parce que tu étais un des derniers garants d'un certain pluralisme, un des derniers garants des vrais débats, des vraies discussions.
Fredo, tu m'as déçu, tu me déçois, mais on est déçu seulement par ceux qu'on aime. J’espère pouvoir t'aimer encore.
Gil
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