jeudi 2 janvier 2014

Remous à gauche de la gauche à propos de notre rencontre d'Aimargues-Étienne Chouard


La (passionnante) réunion avec le Café Repère d'Aimargues (près de Nîmes) la semaine dernière a suscité bien des remous :
je viens de recevoir par mail (plusieurs fois, de la part de personnes pas contentes de ça)
une copie d'une lettre circulaire qui parcourt les rangs d’un parti que je considère comme très proche

des valeurs humanistes auxquelles je tiens le plus, et j'ai été surpris d'y retrouver
les calomnies des prétendus "antifas" qui me persécutent depuis deux ans.


"Il faut aussi signaler le cas d'Étienne Chouard, qui a joué un rôle déterminant lors du débat concernant le Traité Constitutionnel Européen.
Le bon vieux temps… les copains d'Attac… 
Je fais juste remarquer qu’il vaudrait mieux parler de Traité Inconstitutionnel Européen : écrire la Constitution par voie de traités est une véritable félonie de la part des ministres et des parlementaires payés pour nous défendre et pas pour nous vendre ; nous devrions montrer, par notre REFUS d’utiliser les mots menteurs, que nous avons compris et que nous combattons toujours cette escroquerie institutionnelle.
Il se réclame également de cette conception désincarnée de la démocratie selon laquelle il faudrait débattre avec tout le monde,
Désincarnée ? Pas du tout ! Projet pragmatique et réaliste, au contraire: l'isegoria, droit de parole pour tous à tout moment et à tout propos est un pilier porteur de toute démocratie incarnée digne de ce nom. Sans isegoria, on a affaire à des escrocs despotiques, pas à des démocrates.

Je suis strictement sur la ligne de Rosa Luxembourg et de Chomsky (excusez-moi) :

« La liberté seulement pour les partisans du gouvernement, pour les membres d'un parti, aussi nombreux soient-ils, ce n'est pas la liberté. La liberté, c'est toujours la liberté de celui qui pense autrement. »      
Rosa Luxembourg (La révolution russe).
 
« Si l'on ne croit pas à la liberté d'expression pour les gens qu'on méprise, on n'y croit pas du tout. »
Noam Chomsky.


sans voir qu'il joue par là un rôle de porte-parole avec des gens avec qui nous devons absolument garder nos distances et établir un cordon sanitaire.
D’abord, je "porte la parole" de tout ce qui me semble intelligent et utile au bien commun (excusez-moi encore).
Ensuite, quand je parle sur un média, je ne porte pas la parole du média mais la mienne… C’est une erreur d’assimiler le locuteur au média qu’il utilise ici ou là.

Enfin, je ne suis pas raciste : je travaille idée par idée,  et non PAS  'race de penseurs' par 'race de penseurs'.

Il faudrait que les pharisiens (*) du « cordon sanitaire » m'expliquent ce que c’est, concrètement (de façon incarnée, hein, s'il vous plaît), qu’une «démocratie-où-TOUS-les-citoyens-ne-peuvent-PAS-débattre»…

Dans le système d'apartheid politique prôné par les tenants du « cordon sanitaire » (apartheid, oui, avec une race de sous-hommes définitivement interdits de débats politique, tenus à l'écart par une élite (auto-labellisée "de gauche" sans doute) qui, elle, a droit aux débats, et seulement avec ceux qu'elle choisit…), dans ce système raciste, donc, qui va décider qui peut débattre et qui ne peut pas ?

Et cette décision d'exclusion politique permanente sera prise sous le contrôle de qui ?

Et puis, est-ce que les citoyens interdits peuvent espérer un jour sortir de cette prison politique ? Ou bien sont-ils condamnés à vie à cet ostracisme du seul fait de leur nature (leur race quoi), qui a le malheur d'être déclarée du mauvais côté du « cordon sanitaire » (concept antidémocratique au possible) ?

Et le militant dévoué, à qui ses chefs donnent ainsi des consignes strictes sur qui lire, qui écouter, qui aller voir débattre : où est sa dignité d'homme libre ? Où est le respect de son discernement autonome et adulte ? Qui se permet de préjuger qui il doit écouter en politique ?

Et sur le plan des résultats du parti (incarnés, bien sûr), est-ce que ça marche bien, le "cordon sanitaire" ? 
Je signale enfin qu’il y a bien d’autres communautés qui essaient également de créer de tels interdits sectaires (**) antidémocratiques : tels militants redoutent et détestent les « socialo-communistes » et voudraient qu’on les fasse taire pour nous protéger tous du goulag ; tels autres voudraient que les « sionistes » soient muselés pour les empêcher de coloniser le pays en douce ; tels autres veulent faire taire les antisionistes en les assimilant à de dangereux « antisémites » ; tels autres veulent interdire aux « infidèles » à leur religion le droit de « blasphémer » publiquement ; etc. Va-t-on les laisser faire ?
Toutes ces tentations et tentatives de prise de contrôle du monopole de la parole publique s’apparentent à du communautarisme, c’est sectaire par définition, ça empêche la recherche de la concorde, et le fait de permettre aux chefs de clans de mettre en place leurs muselières politiques signerait la mort de la République (déjà largement dévoyée). 
 
Je trouve important de remarquer que ce sont toujours des CHEFS de clan (ou des ASPIRANTS CHEFS) qui instrumentalisent la ZIZANIE, en attisant les querelles intestines de la Cité — et en interdisant aux soldats ennemis de fraterniser (comme les Allemands et les Français l’avaient fait en pleine guerre de 14-18) — pour que la guerre politique s’éternise à tout propos, discorde contraire à l’intérêt général mais absolument nécessaire aux chefs de guerre, pour justifier leur existence même.

Selon moi (mais je peux me tromper, ce n’est que mon avis), cette domination des chefs est suscitée et entretenue par l’existence des partis, machines de guerre politique qui nous condamnent tous à l’affrontement global et permanent ; partis qui eux-mêmes ne sont rendus absolument nécessaires QUE PAR l’institution calamiteuse du prétendu et faux « suffrage universel », qui réduit la politique (au sens noble du terme) à la désignation de MAÎTRES qui vont TOUT décider à notre place pendant cinq ans (politique au sens ignoble du terme). 
 
Sur la plupart des sujets de société (retraites, sécurité sociale, choix de société vital entre chômage et inflation, indexation des salaires sur les prix, justice fiscale, choix entre libre-échange pour les multinationales ou protectionnisme pour les citoyens, contrôle des capitaux, politique monétaire, droits constitutionnels garantis à tous les êtres vivants et sensibles, traités internationaux, référendums d’initiative populaire, guerres d’agression prétendument humanitaires, néocolonialisme, école publique, énergie publique, gratuité des transports collectifs, grande distribution publique, information des citoyens, interdiction de la prise de contrôle de grands médias par les industriels et les banquiers, strict respect de la vie privée, liberté d’expression réelle, criminalisation du lobbying auprès des parlementaires, responsabilité réelle des acteurs publics, non cumul des mandats, lutte réelle contre la corruption, choix d’investissements publics, revenu minimum et maximum, patrimoine minimum et maximum, services publics, nationalisations, privilèges, etc.), les citoyens des TOUS les partis pourraient tomber d’accord, contrairement à la GUERRE TOTALE que leurs chefs de partis leur imposent de faire, ‘projet de société global’ contre ‘projet de société global’.

Ne me faites pas dire que je nie la lutte des classes, je dis précisément le contraire : pendant que les chefs de partis se rendent indispensables en nous conduisant à de fausses disputes sur de mauvais clivages (et rendent ainsi éternelle la lutte des classes), pendant ce temps, la classe des loisirs, comme le disait bien Thorstein Veblen, la classe oisive s’amuse et se goinfre à nos dépens. 
 
Si on veut venir à bout (vraiment) de la lutte des classes (et du capitalisme), il faut arrêter de nous disputer sur des couillonnades (des conséquences de notre impuissance) et plutôt empêcher radicalement et prioritairement les ultra-riches d’écrire eux-mêmes les INSTITUTIONS (source PREMIÈRE du pouvoir), institutions corrompues qui leur permettent ensuite d’entretenir — et de gagner — la lutte GUERRE (dixit Warren Buffet lui-même) que leur propre classe-qui-ne-fait-rien (c’est le nom exact que donnait Veblen aux parasites qui nous gouvernent) mène contre la classe-de-ceux-qui-travaillent.

Je répète ma question principale, (qui me semble rédhibitoire : on ne peut pas y répondre sans tuer la République) : QUI VA DÉCIDER du prétendu « cordon sanitaire » ?

De mon point de vue, le concept même de « cordon sanitaire » est ANTIPOLITIQUE, antidémocratique, despotique : des institutions vraiment démocratiques, par définition, nous imposent de parler précisément à ceux que nous détestons le plus, et elles nous forcent ainsi à démontrer publiquement, de façon construite et argumentée, convaincante pour tous les citoyens spectateurs de cette mise en scène des conflits, l’inanité ou la dangerosité des thèses que nous combattons. 
 
Ceux qui défendent ce « cordon sanitaire » (le leur, bien entendu…) voudraient gagner la bataille politique sans avoir à prouver qu’ils ont raison à l’occasion de débats publics permanents et variés. C’est la négation même de l’idée démocratique. Que ses défenseurs en soient conscients ou pas, cette position est parfaitement antidémocratique.

Chacun fait comme il veut, bien sûr, mais pour ma part, je trouve dans cette affaire de nouvelles raisons de me réjouir de n'appartenir à aucun parti, à aucune de ces armées politiques où règne une telle police de la pensée. Homme libre, libre de soutenir toute idée que je trouve utile à l'intérêt général, je ne risque pas de me plier à ce genre d’injonctions comminatoires infantilisantes.

La suite ICI

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Les commentaires seront publiés après approbation, merci de votre compréhension.