vendredi 14 mars 2014

Quand la médecine abuse de son pouvoir.


Quand la médecine abuse de son pouvoir, est une enquête de santé (1h40) consacrée aux actes médicaux injustifiés et abusifs en France causant des préjudices aux patients ainsi qu'à la sécurité sociale, appuyée par le documentaire Abus sur ordonnance, réalisé par Claire Feinstein, et suivi d'un débat animé par Marina Carrère d’Encausse, Michel Cymes et Benoît Thevenet, qui reviennent sur le sujet en compagnie d’experts.

 


Interventions chirurgicales, médicaments, radios, prises de sang, scanners, un sondage effectué en 2012 par la Fédération hospitalière de France tendrait à prouver que près de 30% des prescriptions médicales n'auraient pas de réelle justification. Un taux qui laisse perplexe et qui se chiffrerait en plusieurs dizaines de milliards d’euros.
Comment expliquer ces dérives ? Plusieurs facteurs entrent en cause. La raison financière est la première invoquée. S’agit-il donc d’un simple appât du gain ? Pas uniquement. Si dans le secteur privé la rentabilité est un principe reconnu, les établissements publics n’échappent pas non plus à la logique comptable depuis que la tarification à l’activité a été mise en place en 2008. En résumé, plus on fait d’actes, plus on est rémunéré ou plus l’hôpital est rémunéré, explique le Dr Jérôme Loriau, chirurgien digestif. Autre argument avancé par les médecins pour justifier leur comportement, c'est la crainte d’être poursuivis par leurs patients qui les conduit souvent à prescrire plus d’examens que ce que leur diagnostic aurait nécessité, car ceux-ci se montrent de plus en plus procéduriers.


Les excès concernent tous les domaines de la médecine. Contrôler les dérives d’un système, d'accord, mais les pratiques inflationnistes du corps médical trouvent aussi un écho chez les patients eux-mêmes, qui sont en effet de plus en plus demandeurs de médicaments et, notamment, les personnes âgées. Très informés via les médias, soumis aux sollicitations des laboratoires pharmaceutiques et des industriels du soin, les malades n’acceptent pas toujours le refus d’une prescription de la part des médecins, qui eux, supportent mal de voir leurs décisions remises en question.
Avec 200 millions de boîtes de psychotropes vendues par an, la France est le premier consommateur au monde. Pourtant, près de la moitié des patients placés sous antidépresseurs ne souffrent pas de dépression. Mais quels contrôles introduire ? La collégialité pourrait être un garde fou efficace, mais les médecins sont-ils prêts à accepter que leurs collègues ouvrent leurs dossiers, se penchent sur leurs patients et pointent du doigt d’éventuelles fautes ?


Pour réduire le gaspillage, les autorités de santé commencent à émettre des recommandations à l’intention des praticiens, cependant, il reste bien du chemin à parcourir pour arriver à ce que préconise le Pr André Grimaldi, éminent diabétologue, c'est-à-dire, le juste soin, au moindre coût.
Le cas de Céline est un bon exemple de cette dérive car, après avoir consulté un gynécologue, choisi au hasard, elle subit une ablation de l’utérus. Pourquoi Céline est-elle passée sur le billard ? En 2009, suite à une perte de poids et à une supposée grosseur du col de l'utérus, Céline, témoin dans le documentaire, subit alors une hystérectomie. Elle n'en revient toujours pas. Un acte chirurgical lourd, qui n'améliore pas ses symptômes, et dont certains gynécologues n'hésitent pas, ensuite, à remettre en cause le bien-fondé.


L'avis du docteur Michel Cymes : "Je ne voudrais pas faire preuve de corporatisme, mais en ce moment le médecin que je suis est très inquiet. J'ai de plus en plus d'amis médecins qui me parlent des contrôles auxquels ils sont soumis de la part de la Caisse d'assurance maladie.
Que ces contrôles aient lieu, rien à dire. Il faut lutter contre les fraudes, les faux certificats, arnaques à la sécurité sociale, arrêts de travail injustifiés et dépassements d'honoraires scandaleux, mais, pour quelques brebis galeuses, c'est finalement toute la profession médicale qui se sent harcelée.

J'ai une double activité, à la fois présentateur d'émissions médicales, et également praticien à l'hôpital. Je parle beaucoup avec mes confrères, il y a un véritable ras-le-bol d'être montré du doigt par la presse et la Sécu. Certains me disent avoir l'impression d'être de vrais délinquants, quand un médecin de la sécurité sociale, voire la police, vient les voir pour un contrôle, et ce, sans qu'il n'y ait eu aucune plainte de patients.
L'ambiance est pesante, et l'atmosphère est très lourde chez les médecins. Ce qui est inquiétant, c'est que nous risquons, vous risquez, demain, dans un an, dix ans, de ne plus trouver de rendez-vous chez certains spécialistes faute de praticiens. Le risque est réel.

Aujourd'hui, quand un chirurgien enlève un appendice, il doit gagner approximativement l'équivalent de 30 euros de l'heure, une fois tous les frais payés, avec pour lui, les risques inhérents à toute intervention chirurgicale, comme une complication post-opératoire, par exemple. De moins en moins de chirurgiens veulent opérer les appendices, mais aussi les amygdales, les végétations. Cela ne rapporte rien d'autre que des ennuis... Et où vont ces patients ? A l'hôpital bien sûr, d'où la surcharge.
Oui, il y a des abus scandaleux qu'il faut combattre. Oui, il y a du ménage à faire dans notre profession. Faut-il pour autant jeter l'opprobre sur tous les médecins, généralistes ou spécialistes, qui aiment leur métier, et qui veulent aussi gagner leur vie correctement ?"


Outre la pression des malades, qui exigent toujours plus de médicaments, les prescriptions médicales qui n'ont pas toujours de réelles justifications et la crainte des médecins de passer à côté d'une pathologie, et donc d'être poursuivi, l'édifiante enquête souligne ces effets pervers et ceux de la tarification à l'activité des hôpitaux, généralisée sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy car, pour assurer leur budget, les établissements publics sont aujourd'hui poussés à multiplier les actes médicaux, notamment les mieux rémunérés, comme les opérations.
Le documentaire de Claire Feinstein interroge docteurs, patients, journalistes, laboratoires, etc., pour mieux comprendre ce fait de société qui concerne tout le monde. 


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