mercredi 23 avril 2014

Les nouveaux résistants...


Par La Voix de la Russie | La Voix de la Russie : Pourriez-vous vous présenter à nos lecteurs ?
Sylvain Baron : Je m'appelle Sylvain Baron et vous me pardonnerez mon manque de modestie si je souhaite me qualifier de « résistant ». Si j'y réfléchis bien, je crois que je suis né d'une certaine façon avec cet état d'esprit, car aussi loin que je remonte dans le cours de ma vie, les voies toutes tracées m'ont toujours insupporté.
Petit déjà, j'étais empli d'une immense curiosité qui me permit bien vite de surpasser en fluidité mes camarades d'école, lorsqu'il fallait lire un texte dans ma salle de classe. Je dévorais tellement de livres (principalement de vulgarisation scientifique et des romans d'anticipation) que cela devenait comme une seconde nature chez moi. La lecture m'ouvrit à une diversité d'univers, de pensées, de connaissances, et lorsque j'atteignais l'âge de raison, je commençais à m'intéresser à nombre de nos problèmes de société, dont un en particulier : notre dépendance aux énergies fossiles.

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LVdlR : Quelle est votre formation ?
S.B. : Si dévorer des livres peut forger des têtes bien remplies, en France, on ne valide la connaissance qu'à partir des diplômes. Malheureusement pour moi, et cela sans vouloir m'étendre sur les raisons, je suis sorti du système scolaire avec un simple brevet des collèges en poche, rien de plus. Des circonstances familiales difficiles m'amenèrent à connaître durant quelques mois une vie de quasi S.D.F, avant qu'un coup du sort plus favorable me permette d'accéder à une formation, et travailler plus tard en tant que chauffeur routier.
Pendant près de dix années, je naviguerai ainsi d'entreprises en entreprises partout en France. Un bon moyen pour moi de me faire une idée des nécessités logistiques d'un pays et de l'état santé de l'économie. Durant les moments de pause ou d'attente de chargement, je continuais de lire encore et toujours. Je cherchais à comprendre sans vraiment le réaliser, qui était le responsable d'autant de gaspillage de matières premières à travers un modèle économique aussi violent socialement que suicidaire écologiquement. Je cherchais aussi à en comprendre les motivations.

LVdlR : Comment s’est révélée votre conscience politique ?
S.B. : Enfant de Maastricht, mais ayant été toujours indifférent aux institutions européennes, je découvrais peu à peu qu'il faudrait pourtant creuser de ce côté là. J'écoutais d'abord les politiciens qui en parlaient le mieux (généralement pour la dénoncer) jusqu'à un jour tomber sur une conférence de François Asselineau, Président de l'Union Populaire Républicaine. La vidéo de très mauvaise qualité ne permettait pas de reconnaître l'homme qui, tel un conteur, nous narrait la lente construction d'une sorte d'U.R.S.S ouest-européen, cela sous influence totale des U.S.A. Ce mystère sur sa personne me captivait encore plus, et très vite, j'entamais des recherches sur François Asselineau sur internet avant de m'éduquer sur le droit européen.

LVdlR : C’était à quel moment ?
S.B. : En 2009 je crois, et ce fut une réelle révolution mentale. Je reproche beaucoup de choses à François Asselineau et plus globalement aux partis politiques avec désormais quelques années de recul, mais je dois reconnaître qu'il fut le seul homme qui parvint à créer les ponts nécessaires dans mon esprit, pour architecturer pour la première fois une certaine compréhension géopolitique de notre Monde.
Pendant deux ans, je m'investissais dans son parti politique pour en devenir l'un des plus prolixes activistes. Pour au final cesser plus tard de défendre l'U.P.R pour des raisons qu'il serait long d'évoquer ici. Donnons-en au moins une : Il est une totale hypocrisie de croire que l'on peut faire une révolution électorale, dans un pays où un parti unique subdivisé en deux entités, s'accapare le pouvoir et les médias depuis plus de 40 ans, et je dirais même depuis plus d'un siècle si l'on souhaite prendre encore plus de recul sur l'Histoire récente de la France.

LVdlR : Vous voulez dire qu’il ne peut pas en France y avoir de changements significatifs par la voie des urnes ?
S.B. : Je ne connais que trois épisodes révolutionnaires d'importance en France, qui ont amené quelques changements significatifs : La Révolution Française, la Commune et le Front populaire. On pourrait ajouter, parce que les circonstances y poussaient, la reprise en main du pays par le Conseil National de la Résistance à la fin de la Seconde Guerre Mondiale. Tous ces grands moments insurrectionnels ont fait trembler nos oligarchies politiques (et leur ont parfois coûté la vie) sans jamais avoir été initiés par une élection quelconque.

LVdlR : Le Front populaire a accédé au pouvoir par l’élection…
S.B. : Le Front Populaire est arrivé au pouvoir à la suite de la crise du 6 Février 1934. Comme aujourd'hui (et il y'a d'ailleurs énormément de similitudes entre la crise des années 30 et notre époque actuelle), le pouvoir politique succombait à l'arbitraire tout en restant profondément incompétent. On tenta jusqu'à six fois de sauver les apparences par des remaniements gouvernementaux pour au final garder les mêmes têtes. Le Krach de 1929 continuait de faire ses ravages et la situation économique n'était pas bonne.
Enfin comme aujourd'hui, nos politiciens étaient mêlés à un grand nombre d'affaires judiciaires. C'est d'ailleurs une quasi-tradition française d'avoir des politiciens qui se comportent comme des voyous. Une sombre affaire de meurtre politique va alors être l'étincelle d'un mouvement insurrectionnel. La droite ne cessera de manifester plusieurs jours d'affilée au début de l'année 1934. Ces manifestations seront réprimées, mais se renforceront par différents mouvements qui se grefferont aux primo-manifestants, y compris les communistes les 27 janvier de la même année. La colère dépassera enfin toutes les barrières partisanes lorsque le 6 Février, ce sont des Français venus de tous corps politiques ou sociaux qui manifesteront. La répression sera terrible puisque 14 manifestants seront tués. Le gouvernement Daladier tombera, et la gauche de plus en plus consciente que l'antiparlementarisme des groupes comme l'Action Française ont de plus en plus d'écho dans la population, finira par se fédérer et promettre les grandes réformes comme les congés payés. Si le Front Populaire accède au pouvoir en 1936, il faut donc bien comprendre qu'il n'est que la suite électorale d'un mouvement insurrectionnel global qui a marqué notre histoire politique.

LVdlR : Et après ?
S.B. : Après avoir obtenu les avancées sociales et démocratiques espérées, le peuple à nouveau s'endormait, tandis que les politiciens corrompus s’affairaient déjà à détruire les acquis sociaux, et prostituer la France à des intérêts étrangers ou privés. La France à ce titre ressemble beaucoup à un volcan. Elle s'endort généralement sur un demi-siècle, avant de se réveiller brutalement et éructer toute sa colère dans des épisodes violents. Pour autant, et cela particulièrement au XXIème siècle, je considère que la violence est la force des faibles, quand l'organisation collective et l'intelligence sont les armes létales des dissidents éclairés contre un pouvoir en place.

LVdlR : Dissident, résistant…faites-vous une différence ?
S.B. : Un dissident est une personne politiquement éduquée, qui conteste l'idéologie et le système mis en place par le pouvoir politique de son pays. Ce qui fait d'un dissident un résistant, c'est un ensemble d'actions concrètes ayant pour unique but de faire tomber le régime en place. Un résistant considère contrairement à un dissident qu'il n'est plus dans la contestation politique. Il pense sincèrement que le régime en place menace les intérêts fondamentaux de son pays et qu'il faut donc le chasser au plus vite du pouvoir. Il se raccroche au droit à l'insurrection prévu par le bloc constitutionnel français, et l'état de nécessité qui est sa transposition dans le droit pénal, pour légitimer toute action qui aurait les apparences de l'illégalité, si cela devait s'avérer nécessaire en dernier recours pour contribuer à la chute du pouvoir exécutif de son pays. Il est mentalement prêt à accepter de lourds sacrifices personnels dans son combat, et est déjà dans l'action.

LVdlR : Revenons sur les dynamiques révolutionnaires françaises…
S.B. : Le volcan français, bien que vapotant quelques fumerolles, reste assoupi. Le réveil du Titan tricolore est en marche, mais les partisans des différentes officines politiques fournissant les analyses les plus intéressantes sur la situation, jettent constamment de l'eau glacée dans la caldeira du volcan, tout en faisant des incantations pour qu'il se réveille au plus vite. Leur religiosité face au système électoral pour sortir la France de la crise historique qu'elle subit, les empêche de jeter tous leurs efforts dans un combat décloisonné des chapelles partisanes.
Si vous êtes partisan de telle boutique politique, c'est que vous êtes mon adversaire, voir mon ennemi, pensera un partisan d'un autre parti. Tout autour du gouffre béant du volcan, des incendies sont entretenus par une population civile qui s'entre-déchire au lieu de se fédérer dans un grand élan de fraternité et de désir de Liberté commun. Nos politiciens y veillent ainsi que nos médias, tous sous la tutelle d'empires industriels et financiers ayant un intérêt à perpétuer le dumping social européen et mondialiser l'économie.


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LVdlR : Quelles solutions prônez-vous donc pour fédérer les insatisfaits du système actuel et créer une résistance efficace ?
S.B. : Il y a des solutions simples qui pourraient fédérer chacun, sans avoir à imposer à un partisan de renier sa religion électoraliste. La première serait d'envahir le Parti Socialiste, qui structurellement, s'effondrerait sous le poids d'au moins 30.000 nouveaux adhérents souhaitant sortir la France de l'enclave européenne et de l'OTAN. La seconde serait une révolte monétaire. Dans sa version la plus simple, il s'agit juste de rédiger le mot « FRANCS » sur chacun des billets de banque temporairement en notre possession, afin de délivrer un message à toute la population de façon très virale. Cette solution comportant de nombreux points techniques à considérer, j'invite chacun à comprendre les mécanismes sur ce lien. La troisième solution consiste tout simplement à spammer de courrier physique nos institutions, et en premier lieu la Présidence de la République. Il serait impossible pour M. Hollande d'ignorer une insurrection qui approche, si un semi-remorque devait livrer des dizaines de milliers de lettres au Palais de l’Élysée quotidiennement.
Psychologiquement, la situation serait pour lui intenable. Enfin, la cinquième solution est celle dans laquelle je me suis profondément engouffré avec quelques fous qui ont accepté de me suivre : créer un journal papier que l'on distribuerait directement à la population. Cela afin de délivrer les informations que l'on ne peut trouver uniquement que sur internet, et qu'à partir d'une recherche active et très ciblée. Par définition, le format papier permet la prise de connaissance d'une information de façon passive. Il n'impose pas à son lecteur des recherches spécialisées dans une bibliothèque ou sur internet. Un journal papier est donc un outil permettant de former rapidement de nouveaux dissidents.

LVdlR : Vous créez un journal papier au moment ou l’économie de la presse papier agonise et se cherche un nouveau modèle ?
S.B. : En vérité, notre étude de marché nous a permis de constater que la presse quotidienne régionale, les périodiques spécialisés et les journaux gratuits survivent parfaitement au déclin de la presse papier, contrairement à la presse quotidienne nationale payante et à un certain nombre de périodiques totalement dans la ligne euro-atlantiste. C'est donc à partir de ces données que nous avons considéré qu'il y'avait une carte à jouer pour notre journal. D'abord évidemment par la qualité de notre contenu et le fait qu'une partie de celui-ci sera soumis et approuvé sur un site internet par notre lectorat (sur le modèle du site Agoravox), mais en cherchant en plus à atteindre la quasi-gratuité dans notre système de distribution. Ainsi, Poil à Gratter ! est colporté à la population contre libre participation, et nous comptons sur les abonnements à tarifs fixes et les espaces publicitaires loués à des petits commerçants locaux pour disposer d'un équilibre budgétaire suffisant pour nous développer.

LVdlR : Du pouvoir intrinsèquement révolutionnaire de la presse papier donc ?
S.B. : Les Russes et les Français ont en commun cette compréhension du pouvoir de la presse. Nos deux peuples ont fait des révolutions avec celle-ci. Entre 1789 et 1799, de quelques dizaines de publications confidentielles dans les milieux bourgeois, nous passerons à plus de 1300 titres de journaux diffusés partout en France. De la même façon au début du siècle dernier, c'est la diffusion par des ouvriers russes de journaux communistes qui permettra d'éveiller une population toute entière à de nouvelles idées.
Voici donc les ferments intellectuels qui je le pense sincèrement, pourraient permettre au peuple Français de se libérer en moins d'une année des institutions qui l'oppressent. Mais les difficultés sont énormes, et la première d'entre elles est assurément financière. A ce titre, je souhaite mentionner, puisque c'est un média russe qui a la gentillesse de m’interviewer, toute mon interrogation sur la stratégie de M. Poutine face à l'Union Européenne et l'OTAN qui attaquent constamment les intérêts fondamentaux de son pays de diverses façons. La plus visible et la plus récente est l'affaire ukrainienne. Ce qui m'étonne étant que, si la Russie réagit toujours habilement et sans succomber à des tentations guerrières qu'aucun peuple ne mérite, M. Poutine ne cherche pas à user des mêmes armes que son adversaire américain pour ne plus être dans la réaction, mais clairement dans l'offensive. En effet, quoi de mieux pour la Russie qu'espérer l'éclatement de l'Union Européenne ?

LVdlR : La Russie est attachée au principe de non ingérence dans les affaires des peuples étrangers…
S.B. : Et c'est d'ailleurs ce qui lui attire une grande sympathie en France des réseaux politiques dissidents. Cependant, en désorganisant l'Ouest du vieux continent totalement vassalisé aux U.S.A, M. Poutine disposerait alors d'un coup d'avance, et surtout la possibilité de voir de nouveaux partenaires diplomatiques européens émerger, pour mieux canaliser les agressions politiques, militaires et financières des U.S.A.
Pour cela, il suffirait de faire comme les États-Unis : financer généreusement les mouvements politiques protestataires des pays revêtant une dimension géostratégique importante. La C.I.A via la National Endowment for Democracy (N.E.D) a largement contribué à déstabiliser des pays d'Amérique du Sud et du Moyen-Orient, et dernièrement l'Ukraine en finançant les acteurs de la contestation des régimes en place. La Russie pourrait tout à fait profiter de la liberté des mouvements de capitaux au sein de l'U.E pour injecter les euros nécessaires à la métastase patriotique des Nations, jusqu'à tuer l'hydre européenne, qui n'est que la face politique de l'OTAN.
A chaque fois que les U.S.A financent des organisations politiques voir terroristes dans des pays plus ou moins alliés à la Russie, cela impose à M. Poutine d'être dans la réaction, et cela toujours sur le fil du rasoir pour éviter que des guerres de basse intensité, ne se transforment en un véritable conflit mondial. La solution serait donc à mon sens pour M. Poutine, de faciliter l'essor des mouvements politiques les plus hostiles à l'atlantisme béat des dirigeants européens. Si l'ours russe est puissant, il ne peut cependant pas se passer de partenaires à minima plus neutres dans les relations internationales, notamment au Conseil de Sécurité de l'ONU.
Ce qui impose de facto des révolutions dans les pays de l'Union Européenne, qui aboutissent à des changements de régime. Et sachant que le seul pays européen capable de se mettre d'accord avec la Chine et la Russie au Conseil de Sécurité ne peut être que la France, c'est bien par notre pays qu'il faut commencer. D'autant que l'euroscepticisme politique dans l'hexagone est sans doute plus élevé et organisé que partout ailleurs en Europe. Rappelons que la France est un vieux Royaume centralisateur de plus de 1500 ans d'Histoire, et qu'aucune idéologie ne peut raisonnablement détruire des siècles de traditions politiques et économiques. L'Allemagne, de son côté, n'est un Etat centralisé que depuis moins de deux siècles et ayant maintenu sa tradition fédérale.

LVdlR : La Russie aurait donc selon vous intérêt à s’ingérer dans les affaires françaises en aidant des mouvements protestataires… Sur quels fondements ?
S.B. : Il ne s'agit pas d'ingérence dans les affaires intérieures d'Etats souverains dans ce cadre, il s'agit d'une part pour la Russie de défendre ses intérêts fondamentaux par une attaque en règle contre l'OTAN du point de vue institutionnel, et d'aide à la démocratie dans les pays concernés, en permettant aux résistants les plus hostiles à cette organisation, de trouver le souffle financier nécessaire à leur organisation et leur visibilité médiatique de facto.
Pierre Hillard, grand spécialiste de l'Histoire et la Géopolitique en France, considère que M. Poutine serait un mondialiste comme les autres. Cela entre autres par ce qu'il défend l'Union Eurasiatique. Quand bien même ce serait le cas (et j'émets à cette pensée quelques réserves), quel intérêt pour un bloc eurasiatique globalement opposé à un bloc euro-atlantiste, de maintenir un adversaire uni ? Et si ce n'est pas vraiment un adversaire, qu'est-ce donc ? Est-ce que cela expliquerait l'inertie russe s'agissant de contre-attaquer par le financement des adversaires politiques à l'U.E et l'OTAN en Europe ? Cette question reste pour moi la grande inconnue. Et dans l'attente qu'un grand pays ami nous aide, avec quelques dizaines d'autres activistes en France, je résiste... N
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Lavoixdelarussie

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