vendredi 27 juin 2014

La mort (organisée) de la contestation – ou le début de la révolte ?


Les citoyens ne font plus confiance en leurs institutions, et encore moins en leurs « élus » : à en croire les sondages d’où qu’ils viennent, la colère gronde et le peuple désire que son mécontentement soit entendu. Pourtant, et malgré le nombre de grèves, de manifestations, de pétitions ou d’autres alternatives contestataires, on s’aperçoit que la contestation n’a absolument aucun effet sur le comportement de nos représentants. Des Lois sont votées bien sûr, toujours soi-disant au nom de la justice sociale ou de la croissance, mais dans la réalité la situation d’une majorité de citoyens ne fait que s’empirer. Les « bonnes lois » sont vidées de leur contenu ou jamais appliquées (décret d’application jamais publié, loi organique non terminée, amendements annihilant les effets de la loi…), et les « mauvaises lois » sont votées sous des apparats consensuels ou trompeurs (assorties d’amendements vicieux étendant discrètement leur champ d’application, ou votées en catimini ou en accéléré pour éviter les débats, ou tout simplement directement rédigées par les lobbies au service de la finance…). En bref, les citoyens sont de plus en plus nombreux à avoir compris qu’on se moquait d’eux.

Mais si comprendre est une chose aisée, que critiquer est pour le moment encore autorisé, contester devient chaque jour un peu plus compliqué : à force d’user le vieil adage « diviser pour mieux régner », les gouvernements qui se sont succédés au pouvoir ont réussi à amoindrir considérablement, pas à pas, toutes les forces contestataires qui ont permis, pour telle ou telle corporation, des avancées sociales qui protégeaient leurs conditions de travail. En prenant pour modèle le « moins-disant social », ils sont parvenus non seulement à rabaisser tous les avantages qu’avaient certaines corporations tout en conduisant les uns à se désolidariser de tous les autres. Des lois, comme celle sur le service minimum, ont rendu les « grandes grèves » obsolètes, ou comme celle sur la représentation syndicale qui a permis d’amoindrir considérablement le pouvoir des syndicats. La future réforme sur les prudhommes et sans doute bien d’autres « réformes » ont peu à peu interdit toute forme de rassemblement contestataire, comme par exemple celles sur le terrorisme qui ont totalement modifié les « rapports de force ».

Tant et si bien qu’aujourd’hui les grèves et manifestations sont devenues non seulement inutiles, mais même souvent contre productives : les manifestants sont considérés comme de mauvais citoyens empêchant les autres de travailler. Alors qu’il suffirait de rendre gratuits les péages par exemple pour obtenir le soutien d’un grand nombre de citoyens, ou de faire les parkings gratuits…

Le problème majeur de ces mouvements est le manque d’objectif commun, car face à la crise tous pensent qu’étant donnée la situation économique de la France tout le monde ne sortira pas gagnant : et chaque « corporation » préférerait que ce soit elle qu’on sauve, plus personne n’osant exiger -par exemple- une augmentation générale des salaires ou des conditions de travail…

Depuis quelques semaines en France défilent tour à tour les cheminots, les contrôleurs aériens, les examinateurs du permis, les avocats et j’en oublie.

En plus de la contestation qui devient obsolète s’ajoutent les problèmes de médiatisation de tous ces mouvements de contestation : entre le décompte des manifestants (j’ai entendu des chiffres police/organisateurs divisés par dix, alors qu’il serait si simple de se ranger par 10 ou 20 !), la focalisation sur certaines violences ou l’absence de relai médiatique, on voit bien que le peuple « qui se bouge » n’a plus aucune influence sur le pouvoir…

Alors on se dit qu’il ne sert plus à rien de continuer à lutter, et certains rêvent à la révolution – allant même pour les plus radicaux jusqu’à penser que la violence est le seul moyen de parvenir à de véritables changements. Mais c’est faire fausse route que de réfléchir ainsi : on s’en rend compte peu à peu, toutes les révolutions « démocratiques » qui ont eu lieu depuis les « printemps arabes » semblent avoir été fomentées par les États-Unis eux-mêmes, ainsi qu’ils l’ont déjà fait à maintes reprises dans l’Histoire…

Car il ne faut pas oublier une chose : lorsque la contestation devient inutile, la révolte devient alors l’ultime forme de contestation qu’il reste au citoyen ; et comme disait Isaac Asimov, « la violence est le dernier refuge de l’incompétence » – cette maxime s’appliquant à la fois aux « deux camps » qui se font face.
Nous n’instaurerons pas une démocratie par la violence, et ils n’instaureront pas leur dictature sans la violence. « On n’établit pas une dictature pour sauver une révolution, mais on fait une révolution pour établir une dictature », disait George Orwell. En supprimant les conditions de la contestation, le gouvernement crée les conditions de la révolte.

Et c’est tout le sens de la nouvelle proposition du premier ministre concernant la suppression possible de sites « suspects » de terrorisme sans l’accord préalable d’un magistrat. Il faut bien sûr comprendre derrière le prétexte du terrorisme la volonté du gouvernement de préparer la censure de la contestation sur internet, dernier refuge des contestataires démocrates : car comment croyez-vous que les « trolls » considéreront les sites qui condamnent à la fois le camp des « djihadistes » et la propagande islamophobe dont les musulmans modérés sont les victimes, autrement que comme des soutiens des premiers puisque par le syllogisme désormais communément accepté les musulmans sont forcément des islamistes, et par extension des terroristes ?

Il ne faut pas nous laisser prendre à ce petit jeu malsain. Nous devons nous unir pour lutter ensemble, pacifiquement. Nous avons déjà un objectif commun : le changement de notre « classe politique », après refonte totale de nos institutions. Nous pourrons alors discuter de l’Europe, de l’Otan ou des impôts peu importe, mais avant tout nous devons mettre tous ces faiseurs de guerre en dehors du champ politique pour reprendre le pouvoir. J’avais déjà proposé quelques « pistes » pour une grève générale « pas comme les autres », et il me manquait à l’époque l’objectif commun susceptible de rassembler tous les Français, qu’ils soient de droite ou de gauche : l’Assemblée Constituante doit être celui-ci. Commençons par unifier tous les partisans de ce projet sans préjuger de sa forme pour faire connaître ensuite les diverses tendances qui traversent ce projet commun. Ensuite seulement nous pourrons sortir ensemble dans la rue, rassemblés ensemble derrière un même objectif. Ne serait-ce que pour ne pas basculer ni dans la violence, ni dans la dictature…

Caleb Irri
http://calebirri.unblog.fr

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