mercredi 7 janvier 2015

Santé: Matraquage et désinformation.

RIONS UN PEU AVEC SCIENCE & VIDE


Dans le numéro de mars de Science et Vie, un dossier consacré aux "nouveaux interdits alimentaires". Le titre fait craindre le pire. Et le pire, ou plutôt le pitre, est au rendez-vous !

On n’a pas tous les jours l’occasion de rire un bon coup à la lecture de la presse. Alors merci au magazine Science et Vie qui nous offre un réjouissant dossier sur « les nouveaux interdits alimentaires. » On se gondole à chaque page, et on n’est pas seul. L’industrie agro-alimentaire aussi a dû se délecter de ce dossier, qu'elle semble avoir largement inspiré, au point qu'on y retrouve souvent les mêmes arguments que dans ses dossiers de presse. Vous buvez moins de lait ? Vous évitez le gluten ? Vous cherchez à limiter les nitrates ? Vous mangez paléo ? Vous suivez le régime Seignalet ? Bref, vous ne jouez pas le jeu de l’agrobusiness ? Pauvres ignorants ! Tout ça, c’est rumeurs, manipulations, croyances, comportements déviants. Et pourquoi pas clouer une chouette sur la porte de la cuisine tant que vous y êtes ? Tenez, Science et Vie va vous remettre dans le droit chemin. Et vous dérider, par la même occasion.
Car pour nous faire rire, Science et Vie se pose là. Les journalistes auraient pu interroger les chercheurs qui font autorité dans ces domaines. Mais le risque était grand de les voir rapporter l’état des connaissances scientifiques. Adieu la fantaisie ! Adieu l’extravagance ! Heureusement, dans ce dossier, pas de Pr Loren Cordain de l’université du Colorado pour dire ce qu'est le régime paléo et ses conséquences sur la santé ; pas de Dr Staffan Lindeberg, de l'université de Lund, non plus. Pas de Pr Walter Willett, de l’Ecole de santé publique de Harvard, pour dresser l'état des connaissances sur les laitages. Pas de Pr Alessio Fasano de l’université du Maryland, pour expliquer les effets du gluten sur la santé (vous trouverez tous ces dangereux individus sur LaNutrition.fr). A la place, Science et Vide a convoqué des "experts" et des chiffres infiniment plus pittoresques comme on va le voir.
Et le résultat est proprement fascinant.

Première occasion de rire : « Le régime préhistorique n’existe pas »

Pour nous faire rire avec le régime préhistorique ou "paléo", Science et Vie a eu la bonne idée de donner la parole à un biologiste et archéologue du CNRS, qui justement n'est pas spécialiste de l’alimentation paléolithique. Bravo pour ce choix judicieux ! Du coup, on n’est pas déçu. Le « régime préhistorique » nous dit ce spécialiste n’existe pas, puisqu’il y a « plein de régimes préhistoriques ». Il fallait y penser ! Pas un mot sur la définition même du ou des régimes paléo, qui est l'éviction totale ou partielle des aliments introduits au néolithique avec l'agriculture : sel, sucre, céréales, légumineuses, laitages. Quant aux bases scientifiques du paléo, le journal est formel : "il n'y en a pas". Les études d'intervention sur le régime des chasseurs-cueilleurs dont les premières datent des années 1980, les études d'intervention très récentes utilisant le régime paléo, pourtant publiées dans des journaux qui font référence n'existent pas ! Moi qui ai écrit un livre entier sur l'alimentation préhistorique à partir de dizaines de ces études, j'ai dû être victime comme le capitaine Haddock dans Tintin au Sahara, d'un mirage, et merci à Science et Vie de me ramener à la raison.

Et pour bien décourager le lecteur de se laisser tenter par cette illusion pré-agricole, notre brave chercheur a recours à l’argument-massue (sans mauvais jeu de mot) : « Il ne faudrait pas oublier que l’espérance de vie pendant les temps préhistoriques était de 20 ou 25 ans ! » Dit comme ça, on comprend que si c'est si bon de manger moins de sel, sucre, féculents et laitages, pourquoi alors mouraient-ils si jeunes ? Qu'est-ce que vous voulez répondre à ça ?
On dit chapeau bas ! Pour nous faire rire, il fallait quand même oser. Oser suggérer que, juste après l'adolescence, nos ancêtres tombaient d'un coup, comme des mouches vaporisées de Fly-Tox. Oser piétiner le simple bon sens qui indique qu'aucune espèce vivante ne peut survivre si sa population ne dépasse pas l'âge adulte. Oser ignorer les travaux de chercheurs comme Michael Gurven, professeur d’anthropologie à l’université de Californie, qui ont montré que nos ancêtres vivaient à un âge avancé, une fois passées les premières années de mortalité infantile. Sans parler des observations du Dr Staffan Lindeberg sur les Kitavas de Nouvelle-Guinée confirmant qu'à l'âge adulte, l’espérance de vie de chasseurs-cueilleurs qui vivent comme aux temps préhistoriques, est comparable à celle des Suédois modernes. Ou le fait que l'espérance de vie des hommes du néolithique, après leur conversion à l'agriculture, diminue par rapport à celle de leurs ancêtres préhistoriques. En un mot, bravo !
Deuxième occasion de rire : « Les nitrates sont bons pour la santé »

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