mardi 3 mars 2015

Darpan Interview

Quel genre de Maître spirituel êtes-vous ?

 

Tout d’abord, je ne me considère pas comme un maître spirituel. De la même façon, je ne prétends pas être un « éveillé » car la simple évocation de ces termes déclenche, dans la tête des gens, une réaction en chaîne très déplaisante ! Le savoir accumulé au sujet de l’Eveil et de la spiritualité refait immanquablement surface et devient un obstacle.
À la simple mention de ces termes, les gens ne sont plus eux-mêmes et ont tendance à s’installer dans une posture « spirituelle » qui n’a rien  à voir avec ce qu’ils sont et avec leur réalité quotidienne. C’est un peu comme lorsque vous vous savez filmé ou photographié, votre attitude change instantanément.
Je suis retourné à mon état naturel, à ma vraie nature, en me défaisant de la personne que je pensais être, avec ses complications, ses émotions, ses souffrances, ses schémas, ses conditionnements et ses attachements.
C’est la seule chose que je peux dire sans tomber dans le piège d’une prétention et pourtant, le fait même d’affirmer cela, c’est encore trop à mes yeux parce que je ne suis rien à proprement parler !
On ne peut plus me considérer comme un « humain » parce que Darpan, son passé, son histoire personnelle, l’entité qu’il croyait être, se sont dissous comme un nuage dans un ciel d’été. Ce qui subsiste est au-delà des mots et de la pensée et je n’ai pas de Curriculum Vitae spirituel !

Vous êtes pourtant bien « là » et bien vivant !

 

Ne vous fiez pas aux apparences ! Oui, pour vous, je suis bien là, dans l’existence et à travers vos cinq sens mais ce que vous voyez n’est qu’une forme de vie et non pas la Vie. Le seul endroit où vous pouvez percevoir la Vie, c’est en vous, dans votre corps et nulle part ailleurs.
En baissant votre garde, en vous ouvrant à ma présence et en vous rendant réceptifs, vous ferez peut-être l’expérience de sensations nouvelles et inhabituelles et retrouverez le goût de quelque chose que vous pensiez à jamais perdu.
Tout dépend vraiment de vous, de votre attitude, de l’épaisseur de votre « cuirasse » et de vos défenses. Je suis là, tel un miroir, suffisamment propre et puissant pour révéler et déclencher en vous ce qui est caché dans l’ombre, le bon comme le moins bon, l’ensemble de ce que vous avez mis de côté et qui vous sépare de vous-même.
La clé, c’est l’ouverture à soi, à votre ressenti. La puissance agissante de l’Être, de la Vie, œuvre à travers nos présences, le reste ne concerne que l’éclairage au niveau intellectuel et émotionnel qui possède légitimement sa place mais qui ne se substitue jamais à l’expérience directe et « vibratoire » d’une conscience ramenée à sa source.
Une rencontre avec moi advient au niveau de la présence et du ressenti. Les gens qui ne vivent que dans leur mental et à travers leur mental passent complètement à côté et ne comprennent pas de quoi il s’agit car la dimension qui nous occupe ici, celle de l’Être, n’a rien à voir avec l’intellect. L’eau et l’huile ne peuvent se mélanger.

On lit et on entend souvent qu’il n’y a pas d’enseignement pour parvenir à l’Éveil; quelle est votre approche ?

 

On ne peut pas enseigner la connaissance de soi ni l’éveil car ceux-ci échappent à toute méthode, toute technique ou enseignement. Ce qui peut être « enseigné » ne concerne en réalité que les obstacles, réels ou illusoires, qui se dressent entre la personne que nous pensons être et l’être véritable que nous sommes.
Il y a là une forme de « science » des mécanismes intérieurs et un art de l’investigation de soi qui nécessitent d’être développés en chacun de nous afin d’identifier, d’extirper, de traverser et de dissoudre nos noirceurs et nos fausses identifications. C’est cela que j’enseigne, au même titre qu’un maître d’apprentissage enseigne l’art de la peinture, du chant ou de la sculpture à ses élèves. La vérité ne peut pas être mémorisée; elle se découvre à chaque instant lorsqu’on cesse de s’accrocher au passé.

Vous parlez relativement peu de spiritualité mais davantage des obstacles qui se présentent dans la démarche de connaissance de soi. Est-ce intentionnel ?

 

Oui, c’est un choix délibéré et dans le but d’illustrer ce point, je vais vous raconter une courte histoire.
En juillet 2012, je me suis brisé la cheville sur un trottoir. Lorsque je suis arrivé aux urgences, à l’hôpital, on m’a fait poireauter durant une heure sur une chaise inconfortable sans même me proposer un antidouleur. Ensuite, on m’a demandé de m’étendre sur une table tout aussi inconfortable pendant environ 30 minutes, les pieds nus, au froid.
Mon pied droit pendait, complètement tordu vers l’intérieur et, lorsque le médecin est arrivé, il ne l’a même pas vu ; il a pris mon pied gauche entre ses mains en me demandant si je ressentais des douleurs. Je lui ai gentiment fait remarquer que le pied tordu qui pendait lamentablement juste à côté était la victime et non le pied en parfaite santé qu’il était en train d’ausculter !
Finalement, on m’a envoyé en radiologie. Là, le spécialiste m’a reçu avec hostilité parce que je l’avais dérangé dans son sommeil. Irrité, mécanique et désagréable, il a retiré les plaques sous mon pied sans même soulever ce dernier et sans la moindre sensibilité.
Lors de cet épisode, je n’avais aucunement besoin d’un discours sur la spiritualité, sur le détachement ou sur l’illusion de la souffrance ! J’avais besoin d’une aide concrète donnée par des gens compétents et bienveillants.
Les discours spirituels, même s’ils contiennent leur vérité, ne sont finalement que peu d’utilité lorsque nous sommes aux prises avec des émotions douloureuses, manipulés par nos schémas répétitifs ou confrontés à la peur et à nos démons intérieurs. Nous avons besoin d’une aide pratique et concrète pour faire face à ce qui se présente à nous, en nous.


J’ai passé pas mal de temps auprès de Maîtres spirituels, j’ai écouté leurs discours, j’ai goûté à leur présence, dans la mesure de mes possibilités de l’époque mais, quelle que soit la beauté, la puissance et l’amour que j’éprouvais, rien de cela ne m’a donné le « mode d’emploi » pour me défaire de la personne que je pensais être et pour faire face aux difficultés intérieures qui se présentaient à moi au quotidien. Observer, méditer, prendre du recul, participait certainement à la démarche mais un savoir-faire plus précis me faisait cruellement défaut.
Barry Long m’a donné ce savoir-faire, direct et concret, sans « folklore spirituel », parce que retrousser ses manches et mettre les mains dans le cambouis de nos résidus intérieurs est une tout autre affaire et c’est là, exactement là, que nous avons besoin d’aide. Si vous vous retrouvez seul sur une île déserte, croyez-moi, vous n’aurez pas besoin de livres au sujet de la spiritualité mais d’un guide de survie ! J’ai ainsi mis en pratique ce que j’avais perçu comme étant vrai au contact de Barry et développé ces savoir-faire parce que sans eux, je ne serais jamais venu à bout de mes noirceurs et de mes démons intérieurs. Il m’a fallu devenir bien plus intelligent que la personne que je pensais être et que l’égo qui la protège pour les vaincre, tout comme un guerrier doit apprendre à connaître son ennemi et à devenir plus intelligent que lui pour remporter la victoire.

Qu’est-ce qui vous différencie des autres instructeurs spirituels.

 

Aujourd’hui, presque tous les instructeurs spirituels que je côtoyais sont morts. Parmi les « nouveaux », je n’en connais que quelques-uns et seulement de loin. Il m’est donc difficile de répondre à cette question. Néanmoins, le fait que l’Eveil ne me soit pas tombé « tout cru dans le bec » et qu’il m’a fallu traverser un très long processus de transformation particulièrement exigeant et éprouvant m’a amené à devenir un « spécialiste » du labyrinthe intérieur, des mécanismes de la souffrance et de la « science » de la personne et de l’ego.
Cette compréhension et ces savoir-faire me distinguent sans doute de celles et ceux qui n’ont pas eu à vivre ce processus au quotidien durant des années et qui, par conséquent, n’ont pas nécessairement eu à développer ce genre de « compétences ». Mon passé de thérapeute et de formateur
d’adultes m’aident également quant aux aspects thérapeutiques et pédagogiques liés à la démarche intérieure et à la vie spirituelle.
Néanmoins, chaque instructeur attire à lui une frange spécifique de la population (de la psyché) et fait au mieux selon ses lumières. Nous ne pouvons que nous réjouir de la richesse accessible aujourd’hui. L’essentiel n’est pas de comparer, d’aller de l’un à l’autre ou d’établir une hiérarchie. Lorsque nous ressentons une affinité avec un instructeur spirituel, qu’il nous est possible de nous ouvrir à sa présence et de reconnaître ce qu’il dit comme étant vrai dans notre expérience personnelle, alors nous devons rester avec lui. Il faut cesser d’aller de l’un à l’autre (guru shopping en anglais) et mettre en pratique au quotidien ses enseignements pour « creuser » en nous. Accumuler des expériences et du savoir spirituel en passant de l’un à l’autre ne fait qu’alimenter l’illusion d’être quelqu’un et nous fait croire que nous avançons alors que nous n’allons nulle part…

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