dimanche 18 juin 2017

De Tchernobyl en passant par les Pouilles : l’action du chanvre dans la régénération des sols

Face à certains désastres tels que les fuites nucléaires ou la pollution industrielle, toutes les solutions envisageables sont bonnes à prendre mais lorsqu’il s’agit de régénérer l’environnement elles restent peu nombreuses. Cependant, diverses études et événements ont démontré lors des dernières années que le « cannabis Sativa » renfermait un potentiel presque unique qu’il ne partageait qu’avec un nombre très réduit d’autres espèces comme le maïs ou encore le tournesol : il est capable de nettoyer et de purger les sols, l’eau et l’air de la pollution en décomposant les éléments chimiques pouvant être toxiques pour l’être humain.

Certaines espèces végétales auraient, par cette méthode connue comme la phytoremédiation (mot inventé par le Dr. Ilya Raskin du Centre de Biotechnologie de l’Université de Rutgers, dans le New Jersey), la capacité de nettoyer les sols des métaux lourds, de dépurer les eaux usées et même de restaurer l’équilibre de l’air pollué. D’autres plantes, comme le maïs ou le tournesol sont très efficaces dans ce type de processus. Mais dans cette catégorie, la plante de chanvre est une des plus efficaces, puisqu’en plus, elle peut pousser sur des sols épuisés et sans nutriments.
Son système radiculaire puissant lui permet de fendre les sols les plus compacts, offrant une aération et une porosité, et en stabilisant le terrain avec fermeté, ce qui permettra de contrôler l’érosion. D’une certaine façon, les racines du chanvre stabilisent la zone et agissent comme un filtre en décomposant le matériau contaminant après avoir l’avoir absorbé, transformant les toxines en substances inoffensives. En d’autres mots, il s’agit d’un végétal pouvant aider l’homme à survivre lorsque l’artificiel à remplacer le naturel.

Chanvre ou cannabis ?

Le chanvre et le cannabis se différencient principalement par les taux de concentration de THC et de CBD que renferment les différentes plantes. Alors que le cannabis dispose de taux élevés de THC, la substance qui renferme les effets psychoactifs, le « cannabis Sativa », nom scientifique du chanvre, présentera plutôt des taux élevés de CBD (le composé thérapeutique) et plus faibles en THC.
Le grand débat parmi les cultivateurs réside dans les limites fixées par les pourcentages de THC afin de les cataloguer comme l’un ou l’autre. Pour le moment, la régulation est plutôt confuse, et différentes institutions nationales un peu partout dans le monde ont montré des taux assez différents, ne dépassant que très rarement 3 % de THC.

Certes, il n’est pas recommandé de planter du chanvre dans des espaces contaminés lorsqu’il est destiné à un usage alimentaire, cependant si le but recherché est de nettoyer ces sols vous pourrez en tirer de grands rendements. Les recherches réalisées ont découvert que la plante était capable d’absorber les radiations, les métaux lourds et autres toxines relâchées par l’action de l’homme. Cependant, cela peut aussi être utilisé pour nettoyer tous types de résidus, des métaux aux pesticides, dissolvants, explosifs, pétrole brut, hydrocarbures et autres toxines provenant d’usines et de décharges.
Et c’est exactement ce que démontrent les agriculteurs des champs de Taranto, dans la région italienne des Pouilles, qui ont constaté la façon dont une toxine présente dans leurs pâturages affectait leurs troupeaux ont décidé d’utiliser du chanvre pour rendre aux terrains sur lesquels ils plantaient toute leur richesse.
Cette pollution est due à l’usine d’acier Ilva, une des plus grandes d’Europe. Fondée en 1905, l’usine a depuis provoqué un impact environnemental très important dans la région de Taranto, contaminant au fil du temps les sols par ses rejets. Les agriculteurs ont donc décidé d’utiliser cette méthode de phytoremédiation à base de chanvre pour récupérer leurs terres et ainsi pouvoir revenir paître dans la région. Grâce à cette méthode, plus de 100 agriculteurs et éleveurs qui habitaient dans les alentours de l’usine n’ont pas eu besoin de déménager pour pouvoir continuer leur travail.

Réutilisation de la plante de chanvre

Le chanvre ne nettoie pas uniquement les restes toxiques présents dans les sols. La plante arrivée à maturation peut aussi être réutilisée pour d’autres applications, comme par exemple la fabrication de vêtements, de papier et de matériaux utiles dans la bioconstruction. Il peut même être transformé en éthanol et utilisé a posteriori comme biocombustibles, obtenant ainsi un bénéfice économique important sur la commercialisation des fibres, puisque les produits dérivés sont écologiquement durables et faciles à intégrer sur les marchés existants.

Le chanvre est une des fibres les plus résistantes, durables et douces du monde, et cela fait plusieurs millénaires que les êtres humains ont découvert comment fabriquer du fil, de la corde et du tissu avec elle. Et selon une étude de l’Institut Polonais des Fibres Naturelles, environ 75 % de la plante conserve les mêmes caractéristiques qu’au début du processus, c’est pourquoi elle peut être réutilisée pour d’autres applications. Les chercheurs ont analysé différents types de plantes de cannabis afghans pour savoir les taux de métaux lourds pouvant être supportés. Ils ont affirmé qu’après leur travail, les tiges et les graines peuvent être réutilisées.

Assainissement des restes nucléaires

Les grandes capacités que possède cette plante pour régénérer les sols sont devenues très importantes lors de certaines tragédies nucléaires comme par exemple Tchernobyl et pourraient être profitable, dans d’autres situation similaires, comme ce fut le cas plus récemment à Fukushima. Peu après le désastre de 1986 on a découvert que certains types de végétaux, comme le chanvre, seraient les seuls capables d’apporter ce dont les sols ont besoin lors des processus d’assainissement d’une zone dans laquelle l’homme s’exposerait à de graves dangers.
Peu après, en 1989, le Gouvernement soviétique a pu évaluer la situation de zone de quarantaine de 30 kilomètres qui entoure la centrale affectée dans son ensemble. Ils ont alors pu remarquer la présence dans les sols de taux très élevés de métaux comme l’iode, le césium 137 et le strontium 90, ainsi que du plutonium trouvé non seulement dans les sols et les plantes mais aussi à l’intérieur même des animaux. Les travaux de phytoremédiation à base de maïs avaient pour but d’éliminer aussi les éléments comme le chrome, le plomb, le cuivre et le nickel.
Le maïs fut suivi du tournesol, et en 1996, par le chanvre lui-même. Grâce à la collaboration des producteurs et de l’Institut des Cultures d’Ukraine, les autorités ont finalement encouragé la plantation de chanvre industriel riche en fibre et faible en psychoactivité dans le but exclusif de désintoxiquer la zone au maximum.

Cela fini par devenir un des projets les plus importants du pays. À cette époque, Slavik Dushenkov, scientifique et chercheur chez Phytotech (une organisation responsable de la culture de cette plante), avait affirmé que l’on commençait déjà à remarquer les effets bénéfiques du végétal en question dans la régénérations suite à certains désastres nucléaires. Le plante de chanvre a poussé pendant plus de 10 ans dans les alentours de la centrale nucléaire ukrainienne. Selon certains experts, la réduction de la toxicité du sol est remarquable.

Son importance dans la rotation des cultures

De nombreux agriculteurs cultivent aussi cette plante à titre de rotation des cultures (ou rotation culturale), avec d’autres productions afin d’éloigner les parasites sans avoir à utiliser de pesticides ni de dissolvants artificiels.
De nombreuses cultures industrielles exigent de grandes quantités de nutriments pendant la croissance. Cela réduit après chaque récolte la qualité du terrain cultivé, c’est pourquoi, le produit n’atteindra que très rarement des propriétés optimales. Grâce à son développement rapide et sa produit de biomasse, seulement inférieurs au bambou, le chanvre est compatible avec l’utilisation efficace de la terre dans les cultures de rotation, dans le but de régénérer le sol.
Il existe par exemple de nombreuses espèces végétales agricoles possédant un cycle végétatif de cinq mois : plantation en octobre et récolte en mars. Pour sa part, le chanvre industriel possédant un cycle de six mois sera planté en avril et récolté en septembre ; et s’agissant d’une plante annuelle, elle mourra après chaque cycle, ce qui impliquera inévitablement l’ensemencement de nouvelles graines au printemps suivant. Grâce à cette rotation, vous pourrez obtenir une meilleure fertilité et un apport supérieur en nutriments dans les sols. De plus, elle réduira les chances (ou malchance dans notre cas) de voir les parasites, qui affectent bien les cultures, rester dans les sols, laissant donc le sol dans les meilleures conditions pour un nouvel ensemencement.

Il ne s’agit ni plus ni moins que d’une nouvelle démonstration visant à prouver les innombrables bienfaits de certaines plantes, comme le chanvre, bien souvent condamnées à l’oubli et interdites dans de nombreux pays. Un végétal aussi naturel que celui-ci, pouvant en plus aider à renouveler l’équilibre de l’écosystème après avoir été soumis à un impact négatif, devrait être surveillé et défendu aux quatre coins de la planète. Celle-ci nous le rendra forcément. L’être humain, qui a tendance à oublier qu’il fait partie de cette même nature, nous en sera d’autant plus redevable.

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