Serait-ce juste une canette de cancer?


L’équipe d’Isabel Drake, qui a mené cette étude, a suivi 8.000 hommes âgés de 45 à 73 ans sur une moyenne de 15 ans, et trouvé que 40% de ceux qui buvaient du soda quotidiennement étaient susceptibles de développer le cancer de la prostate. Des recherches précédentes avaient permis de mettre au jour un risque accru de développer le cancer de l’œsophage. Une troisième étude avait établi une corrélation avec le cancer du pancréas.
Les sodas peuvent contenir du 4-méthylimidazole, un colorant de couleur caramel utilisé dans les colas. L’Etat de Californie avait obligé les industriels de la boisson à communiquer sur le caractère cancérigène de cet additif, ce qui avait poussé ceux-ci à en abandonner l’utilisation. L'aspartame, l'acésulfame-K et la saccharine sont d’autres additifs présents dans ces sodas nuisibles pour la santé.
Mais le résultat de ce type d’étude demeure sans réelle conséquence pour les industriels de la boisson, et les effets reconnus sur la santé des boissons gazeuses restent très controversés. « En ce qui concerne les études portant sur la consommation de soda et les risques de maladies chroniques, la seule alternative supérieure à une étude prospective serait de mener un essai contrôlé au hasard où l’on demanderait à un groupe de boire des montants importants de soda pendant 20 ans, pendant qu’un autre groupe n’en boirait pas », explique Isabel Drake à AlterNet. « Et ceci n’est pas éthique, et ne sera jamais faisable ».
« Nous n’avons aucun papier factuel sur le lien entre le cancer et le soda », affirme d’ailleurs un porte-parole du National Cancer Institute. Cette incapacité à établir ce lien de façon scientifique explique le silence relatif concernant les risques posés par les sodas de la part des instances américaines en charge de la santé (Food and Drug Administration (FDA), National Institutes of Health (NIH), et le National Cancer Institute (NCI)).
De façon remarquable, l’obésité est elle-même reconnue par ces instances comme un facteur de cancer. Elle augmenterait les risques de développer le cancer de l’œsophage, du sein, de l’utérus, du colon, du rectum, du rein, du pancréas, de la thyroïde, et de la vésicule biliaire, « et possiblement d’autres ». En outre, elle favorise les risques de maladies cardiaques, d’accident vasculaire cérébral, de tension, de diabète, et d’une kyrielle d’autres maladies chroniques.
Mais le chaînon manquant évident de cette chaîne de causes à effet, c’est le lien entre les sodas et l’obésité, observe Scott Thill d'AlterNet. Si le soda augmente le risque d’obésité et que celle-ci augmente le risque de cancer, alors le soda augmente le risque de cancer, conclut-il.
Il y a pourtant une prise de conscience. Michael Bloomberg, le maire de New York, a interdit la vente de soda dans des grands contenants. Michelle Obama a déclaré que l’obésité était la plus grande menace pour la sécurité nationale.
Néanmoins, la sensibilisation aux risques posés par la consommation de soda n’a peut-être pas besoin d’une démonstration scientifique imparable. Les jeunes du millénaire ont déjà tendance à se tourner davantage vers le café et les friandises sucrées en alternative aux sodas, et les ventes de ceux-ci sont déjà en recul.

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