Désastre diplomatique sans précédent pour la France en Amérique latine


Comme je l'évoque parfois au détour de l'une de mes conférences, le prestige de la France était immense en Amérique latine, et cela depuis les guerres d'indépendance du début du XIXe siècle contre la puissance coloniale espagnole.

DEPUIS LA RÉVOLUTION DE 1789, LA FRANCE BÉNÉFICIAIT D'UN IMMENSE PRESTIGE DANS TOUTE L'AMÉRIQUE LATINE

Francisco de Miranda, qui participa à la bataille de Valmy 20 septembre 1792 au côté des révolutionnaires français et contre l'Europe coalisée, fut ensuite le principal collaborateur du Libérateur Simon Bolivar.
De nombreux symboles hérités de la Révolution française (par exemple le bonnet phrygien) furent repris par les révolutionnaires latino-américains à travers tout le continent dans les armoiries des États nouvellement indépendants (Argentine, Bolivie, Chili, etc.)
Pour avoir participé à la Révolution française et à la bataille de Valmy, Francisco de Miranda est l'un des rares étrangers - et le seul Latino-Américain - dont le nom est gravé sur l'Arc de Triomphe à Paris.
Le prestige de la France resta intact tout au long des dix-neuvième et vingtième siècles, et cela malgré l'effroyable défaite de juin 1940.
Charles de Gaulle, Président de la République française dans les années 60, porta ce prestige et cette influence de notre pays, dans tout le sous-continent latino-américain, à un degré d'incandescence jamais atteint auparavant.
On se rappelle ainsi son voyage au Mexique en mars 1964 et celui dans tout le cône sud-américain à l'automne 1964, qui drainèrent des millions et des millions de personnes sur son passage. Ce fut toute Amérique latine qui salua à cette occasion la volonté française de redevenir un pays souverain, libre et indépendant, servant ainsi de modèle pour le monde entier.
Je renvoie les électeurs à ma conférence Qui gouverne vraiment la France et l'Europe ? , et notamment à cette captation vidéo, à partir de 38'38''

« Mexico accueille De Gaulle » - Couverture de Paris Match (n°781) du 28 mars 1964 qui fit sa "Une" sur l’accueil inouï réservé à Charles de Gaulle par les Mexicains
La Une de France-Soir du 23 septembre 1964 : « Happé, stoppé, acclamé, c’est De Gaulle à Caracas » 



La Une de France-Soir du 25 septembre 1964 : « Marée humaine en Équateur pour le Général de Gaulle »

Début octobre 1964 :Vidéo de l'Institut National de l'Audiovisuel montrant les centaines de milliers de Brésiliens, à Sao Paulo et Rio de Janeiro, massés sur les trottoirs ou aux fenêtres pour apercevoir et acclamer le président de la République française.
Il n'est pas inutile de noter que le prestige et le rayonnement de la France en Amérique latine ne se limitaient pas à de belles paroles. Il en résultait aussi de nombreux avantages bien tangibles et concrets pour notre pays :
  • en termes de diffusion de sa culture et de sa langue (la langue française étant à l'époque très enseignée et très répandue dans toute l'Amérique latins) ;
  • mais aussi en termes industriels et commerciaux.
Parmi cent autres exemples, je citerai notamment la couverture aérienne de l'Amazonie, qui fut confiée au début des années 60 par le Brésil à la France de Charles de Gaulle : le gouvernement brésilien préféra confier à l'entreprise française Thomson la surveillance radar stratégique de tout son arrière-pays, plutôt qu'à des entreprises yankees, qui auraient utilisé les données collectées pour faire de l'ingérence grossière dans les affaires intérieures brésiliennes.


COMME EN AFRIQUE, AU MOYEN-ORIENT ET EN ASIE, L'APPARTENANCE DE LA FRANCE À L'UNION EUROPÉENNE DÉTRUIT TOUTE NOTRE INFLUENCE EN AMÉRIQUE LATINE

Dans la France "mitterrandienne", le prestige de notre pays ne souffrit pas trop.
  • d'une part parce que le président Mitterrand - et plus encore sa femme Danielle - entretenaient des liens plus ou moins étroits avec le régime de Fidel Castro et avec un certain nombre de personnalités progressistes sud-américaines ;
  • d'autre part parce que le traité de Maastricht, transformant la Communauté Économique Européenne en Union européenne à vocation fédérale, ne fut ratifié qu'en 1992, c'est-à-dire après que les trois -quarts du double septennat de François Mitterrand eussent été accomplis.
Ce prestige et cette influence de la France commença à s'émousser cependant rapidement avec l'alignement complet sur Washington que suppose la construction d'une Europe fédérale :
  • avec une majorité d'États membres complètement dans la main des Américains,
  • avec un traité européen qui subordonne l'UE à l'OTAN (article 42 du TUE),
  • et avec des institutions européennes à la fois infiltrées et surveillées (on le voit ces jours-ci !) par les services d'influence américains.
Du reste, c'est sous la fin de la présidence de François Mitterrand - en 1994 - que le Brésil dut renouveler le matériel de la couverture aérienne de l'Amazonie, qui avait été confiée au début des années 60 - je l'ai souligné ci-dessus - par le Brésil à la France de Charles de Gaulle. Mais cette fois-ci, le gouvernement brésilien préféra confier à l'entreprise yankee Raytheon la surveillance radar stratégique de tout son arrière-pays. L'offre française de Thomson, plus chère, n'avait plus d'intérêt politique puisque la France était en passe de devenir une colonie américaine....
Pendant sa présidence, Jacques Chirac eut à cœur de redorer le blason terni de notre pays en faisant un assez long voyage, au printemps 1997, dans plusieurs pays d'Amérique latine (Brésil, Uruguay, Paraguay, Bolivie et Argentine). Je me le rappelle personnellement, pour y avoir participé de bout en bout en tant que conseiller auprès du ministre des affaires étrangères de l'époque, Hervé de Charette.
Ce voyage, qui se voulait une réédition de celui de Charles de Gaulle en 1964, n'en fut qu'une pâle imitation, tant la France du milieu des années 90 s'était déjà alignée sur les intérêts euro-atlantistes.
Néanmoins, l'opposition de notre pays à la guerre en Irak en 2003, et notamment le discours de Dominique de Villepin au Conseil de Sécurité de l'ONU, nous valurent un regain de très large sympathie à travers tout le continent à cette époque.
Mais désormais l'image de la France est en perdition.

LE DOUBLE DÉSASTRE SARKOZY-HOLLANDE

Rompant avec des siècles de volonté de souveraineté et d'indépendance nationale, et rompant avec deux siècles de liens confiants avec les régimes latino-américains, les partisans français de la construction européenne sont en train de détruire toute l'image, toute l'influence, tout le prestige et tout le rayonnement de la France en Amérique latine.
L'alignement complet de Nicolas Sarkozy sur les exigences du complexe militaro-industriel américain (participation militaire aux opérations de l'ISAF en Afghanistan, boycott contre l'Iran, guerre en Libye, déstabilisation de la Syrie, etc.) a très profondément dégradé l'image de notre pays en Amérique latine.
Mais l'élection de François Hollande, prétendument « de gauche », a accentué encore cette dégradation de l'image de la France. Car désormais, vu d'Amérique latine, ce sont les deux partis politiques français de gouvernement, « de droite » ou « de gauche », qui sont totalement inféodés aux Yankees.
Comme par un fait exprès, les actions de François Hollande et de son équipe gouvernementale - constituée d'une bande d'amateurs de piètre qualité - ont jeté de l'huile sur le feu :
  • Il y a eu l'attitude indigne du gouvernement « socialiste » français au moment de la mort d'Hugo Chavez au Venezuela. Je rappelle que ni le président de la République, ni le Premier ministre, ni même le ministre des affaires étrangères, ne jugèrent utile de se rendre à l'enterrement, ce qui fut considéré comme une offense non seulement par les Vénézuéliens mais aussi par les dirigeants régionaux.
  • Il y a eu l'alignement de la France sur l'Espagne, pour protester contre les mesures de nationalisation prises par la présidente Kirchner à l'encontre des intérêts d'entreprises espagnoles.
  • Il y a eu l'alignement complet de François Hollande sur tous les grands sujets diplomatiques mondiaux, lequel François Hollande n'apparaît que pour ce qu'il est : un pantin minable, dans la main des sphères dirigeantes de Washington.
  • Et enfin il y a le scandale créé par le refus de laisser l'avion du président bolivien Evo Morales survoler le territoire français à son retour de Moscou, au motif que cet avion aurait pu compter Edward Snowden parmi ses passagers.


Cloué au sol contre sa volonté pendant 13 heures sur l'aéroport de Vienne (Autriche), le président bolivien sort un instant de son appareil pour prendre l'air et fait un signe à l'adresse des photographes de la presse mondiale.

Cerise sur le gâteau : l'avion du président Morales est un avion français : un Falcon 900 de Dassault. Il est probable que, lorsqu'il s'agira de renouveler l'appareil, le chef de l'Etat bolivien préfèrera acheter un avion de fabrication russe, chinoise ou brésilienne..
À cette offense immense faite au chef de l'État bolivien – qui a été quand même cloué au sol pendant 13 heures contre sa volonté –, s'ajoute le motif scandaleux du refus de survol : la France est apparue, aux yeux de toute l'Amérique latine, comme le méprisable larbin des États-Unis puisque nos dirigeants trouvent encore le moyen de se plier aux desiderata de Washington alors même que la presse mondiale vient de révéler que les États-Unis écoutent toutes les conversations de nos ambassades !
Tout cela fait beaucoup, et fait même trop.
Dans la nuit de ce 3 au 4 juillet 2013, on apprenait ainsi que, l'un après l'autre, ce sont tous les pays d'Amérique latine qui font part de leur indignation et de leur mépris devant l'attitude du pays qui fut celui de Charles de Gaulle.
  • Le gouvernement du Chili a lancé un appel à éclaircir ce qui s'est passé. Le gouvernement chilien a demandé en outre que les normes du droit international soient respectées, ainsi que le traitement dû à l'avion d'un chef d'État.
  • À Buenos Aires, la présidente argentine Cristina Kirchner a estimé qu' « un avion disposant d'une immunité absolue a été illégalement détenu dans la vieille Europe, ce qui constitue un vestige du colonialisme que nous pensions totalement dépassé. Ca n'a pas été seulement une humiliation pour la Bolivie, mais pour toute l'Amérique du Sud », a-t-elle déclaré lors d'une cérémonie officielle.
  • Au Brésil, la présidente Dilma Rousseff a signalé dans un communiqué l'indignation de son gouvernement. Réclamant des excuses des pays concernés, dont la France, elle a estimé que cet incident compromettait le dialogue entre les deux continents et les possibles négociations entre eux.
  • L'Union des nations sud-américaines (Unasur, qui regroupe 12 pays), a fait part de « sa solidarité et de son indignation face à des actes qui ont mis en danger la sécurité de M. Morales et de son entourage », indique un communiqué du ministère des Affaires étrangères du Pérou, qui exerce la présidence tournante de l'organisation.
  • Depuis Caracas, l'Alba (Alliance bolivarienne pour les peuples, qui compte huit membres autour du Venezuela) a critiqué « une situation grave due à l'impérialisme nord-américain et ses alliés européens. »
  • Le ministre vénézuélien des Affaires étrangères Elias Jaua a dénoncé « un attentat contre la vie du président Morales et son homologue équatorien Ricardo Patiño, une terrible offense ».
  • Le vice-président bolivien Alvaro Garcia a annoncé lors d'une conférence de presse que plusieurs présidents latino-américains se réuniraient jeudi sur ce sujet à Cochabamba (centre).
En bref, le scandale, le désastre et la honte sont complets ce soir pour la France.
L'appartenance de la France à l'Union européenne est en train de ruiner le capital de sympathie, hérité de deux siècles, dont bénéficie notre pays auprès de 600 millions de Latino-Américains
Pour bien mesurer cette déchéance de notre pays, ces photos du jour sont à comparer à celles que j'ai reportées ci-dessus du voyage de Charles de Gaulle en Amérique Latine en 1964 :


 Manifestations anti-françaises à La Paz (Bolivie) les 2 et 3 juillet 2013 : les manifestants décrochent des drapeaux français et européen sur l'Ambassade de France et vont ensuite les brûler devant les caméras. Bien entendu avec la complicité des autorités gouvernementales boliviennes.
Ces photos révèlent que les manifestants boliviens ne partagent pas du tout les boniments de M. Mélenchon - qui se proclame « fédéraliste européen », qui se permet de traiter de « maréchalistes » ceux qui proposent de sortir de l'euro, mais qui se proclame ami des régimes progressistes latino-américains.
Car, n'en déplaise à M. Mélenchon, les manifestants boliviens, qui ont tout compris, brûlent à la fois le drapeau européen et le drapeau français.
Et ils dénoncent sur leur banderole la France comme étant « raciste, hypocrite et fasciste ».
C'est la parfaite confirmation de mes analyses : vue d'Amérique Latine comme d'Afrique, du Moyen-Orient ou d'Asie, l'Europe est une construction fascisante et racialiste, porteuse de conflits et de guerres.
François Asselineau

Site Internet : http://www.u-p-r.fr/

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