Le service sécurisé de messagerie utilisé par Snowden fermé sous pression du gouvernement américain !

Voilà qui ne va surement pas arranger l'image de la NSA ou du gouvernement américain. Mais en attendant il y a plus grave et un résumé de l'affaire s'impose.

  • Tout commence mi-juillet 2013, lorsque Snowden annonce sa conférence de presse à Moscou. Il envoie un mail à divers avocats et organisations de défense des droits de l'homme. Ce mail est envoyé depuis l'adresse : "edsnowden@lavabit.com" du service de messagerie Lavabit.
  • Recherches faites, certains sites web s'intéressent à ce fournisseur de service de messagerie. Celui ci propose un service ultra sécurisé, gratuit et basé sur la confidentialité : "Même nos administrateurs ne peuvent pas lire vos e-mails". Basé sur un système de cryptage très sophistiqué, l'entreprise cible les personnes qui désirent un maximum de confidentialité et assure ne jamais vendre de données pour du marketing comme cela se fait habituellement dans le cloud computing. Elle marche bien, le site revendiquant 350 000 utilisateurs. Certains évoquent une possibilité de se faire une pub gratuite via cette affaire.
  • Malheureusement, nous sommes aux USA. Et il semblerait que dans le pays de la liberté, le simple fait de fournir la possibilité technique d'une communication sécurisée ne soit pas permis. En effet, plus tôt dans la journée d'aujourd'hui (8 août), le site BoingBoing constate que le site Lavabit renvoie désormais sur une lettre du fondateur annonçant la fermeture du site.
  • Voici une traduction de la lettre réalisée rapidement :
"Mes Chers utilisateurs,

J'ai été obligé de prendre une décision difficile : devenir complice de crimes contre le peuple américain ou me détourner de près de dix années de travail acharné en fermant Lavabit. Après une importante introspection, j'ai décidé de suspendre les opérations. Je voudrais pouvoir légalement partager avec vous les événements qui ont conduit à ma décision. Je ne peux pas. Je pense que vous méritez de savoir ce qui se passe - le premier amendement est censé me garantir la liberté de m'exprimer dans des situations de ce genre. Malheureusement, le Congrès a adopté des lois qui disent le contraire. En l'état actuel, je ne peux pas partager mes expériences des six dernières semaines, même si j'ai fait 2 fois les requêtes appropriées.

Qu'est-ce qui va se passer maintenant ? Nous avons déjà commencé à préparer les documents nécessaires pour continuer à nous battre pour la Constitution devant la Cour d'appel des États Unis pour le quatrième circuit (ressort territorial). Une décision favorable me permettrait de ressusciter Lavabit en tant que société américaine.


Cette expérience m'a appris une leçon très importante : sans action du Congrès ou un précédent judiciaire solide, je voudrais -fortement- déconseiller à quiconque de confier ses données personnelles à une société ayant des liens physiques vers les États-Unis.
"
  • Quelques articles de la presse anglo-saxonne ont déjà relayé l'affaire (The Guardian et Business Insider notamment). Ils font état logiquement à la lecture de la lettre que le gouvernement américain leur aurait signifié un ordre, laissant le choix au fondateur de laisser poursuivre l'espionnage (de Snowden) ou de fermer son site. (D'où le "être complice de crime" ou fermer).
  • Le Guardian est apparemment très informé. Il donne une interprétation un peu différente de celle de BusinessInsider concernant la lettre qui permet d'en saisir les nuances. Il semble avoir interprété l'ordre non pas comme une alternative entre continuer et être accusé de crimes et fermer, mais comme une alternative entre coopérer avec le gouvernement et fermer (il y a une nuance et selon les dires de l'avocat interviewé c'est plutôt cette acception qui est correcte juridiquement, même si au fond cela ne change pas grand chose (le crime est soit l'espionnage reproché soit la coopération avec le gouvernement considéré comme inconstitutionnelle). D'après un avocat ce serait la première fois qu'il y aurait une entreprise qui préfèrerait fermer plutôt que de se conforter à une ordonnance d'un tribunal considérée comme manifestement inconstitutionnelle par l'entreprise.
    - Le Guardian cite ensuite l'exemple de Qwest Communications qui aurait refusé dans le passé de coopérer avec la NSA et dont l'ancien PDG -condamné entre temps pour délit d'initié- avait déclaré que depuis le gouvernement lui avait refusé des contrats lucratifs depuis qu'il s'était mis en opposition avec les programmes de surveillance.
    - Concernant Lavabit l'avocat interviewé relève que le fait que l'auteur interjette appelle (de manière audacieuse selon lui) signifie que le gouvernant avait une ordonnance d'un tribunal (la FISA, pas un tribunal classique selon ce que j'en ai compris) pour obtenir les données de Lavabit. Il convient de voir à présent ce qui sera fait, quelle publicité sera faite et la réaction des divers acteurs (NSA, gouvernement, Département de la Justice...).
Conclusions  :
  1. Si vous ne coopérez pas avec le programme de surveillance du gouvernement dès le départ, vous finirez par le payer.
  2. Le fondateur du site et les employés voient le ciel leur tomber sur la tête car ils ont offert un moyen de communiquer de manière confidentielle et sécurisée hors des programmes de surveillance du gouvernement ou du partage des données avec des entités commerciales.
  3. 350 000 utilisateurs qui bénéficiaient de ce service sont lésés gravement. Et les potentielles utilisateurs perdent un moyen de communiquer de manière confidentielle.
  4. Les retombées de l'affaire en général peuvent être très mauvaises pour l'image des géants du web américain comme le souligne le Washington Post.

     
Source.

Commentaires

  1. MERCI, vous partagez toujours les bonnes informations au bon moment.

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