Quand un curé donne une raclée à un chien de garde ...


 

Après des jours de promotion du travail le dimanche sur la matinale d’Europe 1, Thomas Sotto se fait surprendre par Monseigneur Bernard Podvin, porte parole de Conférence des évêques de France. Le saint homme rend coup pour coup à un chien de garde qui ne s’en relèvera pas.
 Oublié l’épisode des affreux 16.000 roms qui ne veulent pas s’intégrer, on est déjà passé à autre chose ! Nous voilà captivés par le débat sur le travail le dimanche. Tout a commencé quand un tribunal a eu l’idée saugrenue d’appliquer la loi et quand de grandes enseignes de bricolage ont décidé de braver la décision de justice en ouvrant le dimanche.
Aussitôt les chiens de garde de tous poils sont montés au créneau. Comment ? C’est la crise et on empêche les gens de travailler ?! Depuis ce week-end, c’est un déferlement de critiques qui submerge la justice, les syndicalistes et enfin la loi scélérate !
Toujours attentif à ne pas froisser le MEDEF, le gouvernement, après un premier reflex légaliste (Benoît Hamon : “Il est inadmissible qu’une marque n’applique pas une décision de justice »), s’est repris en main et a indiqué qu’il fallait de la concertation. On connaît la musique depuis le temps. Traduction : les patrons et les syndicats vont discuter et à la fin le gouvernement déposera un projet de loi visant à assouplir encore la législation sur le travail le dimanche. Mais n’anticipons pas. On va d’abord confier une mission à Jean-Paul Bailly pour éclairer le débat. Ce nom vous rappelle quelque chose ? Serait-ce le même Jean-Paul Bailly qui a dirigé La Poste et qui a quitté ses fonctions après la suppression de 80.000 emplois et une dizaine de suicides de salariés … ? Pas de doute, ce gars a toutes les compétences requises pour nous rendre un rapport des plus équilibrés …

Sur Europe 1, le travail le dimanche c'est la santé !
Pour un auditeur de la matinale d’Europe 1, pas de doute, le travail le dimanche c’est formidable. Chaque matin, Thomas Sotto, Alex de Tarlé et consorts expliquent tous les avantages du travail dominical. Le sommet est atteint lundi-matin avec l’interview d’Agnès Verdier-Molinié directrice de l’IFRAP. IFRAP ? Fondation pour la recherche sur les administrations et les politiques publiques ! Voilà un nom qui sent bon l’organisme scientifique indépendant … Pas trop en fait. Il s’agit d’un think tank libéral qui pourfend à longueur d’année l’Etat et le secteur public… Cette interview est un pur régal. Le duo Sotto / Verdier-Molinié est bien rodé … On glousse sur la complexité de la loi. Imaginez, l’article du Code du Travail qui traite de la question porte le n° L.3132-3 ! Arf Arf, rien que le n° il est trop complexe …
http://www.ifrap.org/Europe-1-Vous-allez-tout-comprendre,13571.html
En résumé, si vous cherchez les arguments contre le travail le dimanche, circulez, y’a rien à voir.

Et Monseigneur Bernard Podvin surgit !
Tout allait très bien ainsi. Les matinales se succédaient jusqu’à ce matin vers 7 heures 45 et là, ce fut le drame ! Etait invité Monseigneur Bernard Podvin, porte parole de Conférence des évêques de France.

Ce brave garçon n’a pas du tout répondu aux attentes de Thomas Sotto. Alors qu’on attendait une défense mole et un peu gênée du repos dominical au nom de la sainte messe, voilà notre prélat qui dénonce le travail dominical sous prétexte que ses bienfaits économiques ne seraient pas démontrés et qu’en plus il serait destructeur du lien social. On sent notre chien de garde outré. Comment ? Quoi ? Ce curé ose prétendre que le travail le dimanche n’est pas solution à tous nos problèmes !
Monseigneur Podvin mentionne notamment une étude du CNRS qui montre que le travail le dimanche n’a rien du miracle économique qu’on nous vend depuis quelques jours. Il faut l’avouer, l’auditeur d’Europe 1 tombe des nues !
http://www.20minutes.fr/economie/1229919-20130930-travail-dominical-les-entreprises-gagnent-plus-ouvrant-davantage
Le plus intéressant du propos de Monseigneur Podevin concerne l’équilibre de la société. Là, on décolle. On parle de choix de société. Et autant vous dire que Thomas Sotto, tout ça, ça l’agace ferme. Sa réaction est le meilleur moment de la séquence. On a droit à toutes les tartes à la crème éditocrates.
« Il y a quand même une situation économique qui est ce qu’elle est en France. Un pays qui est endetté, qui doit faire des économies. Pays en crise. Des millions de chômeurs et d’exclus »
Tient pour toi mon gars ! T’avais donc oublié tout ça ? Tu avais oublié que grâce à la crise dont les marchés sont responsables, ils peuvent tout imposer aux chômeurs et aux salariés ! Travailler le dimanche, travailler pour des salaires en baisse, travailler jusqu’à 67 ans !
Le coup de grâce :
« Vous, en refusant le travail le dimanche, vous allez les pénaliser ces exclus. Il ya un débat. Le débat vit et c’est bien mais aujourd’hui la situation économique on ne peut pas faire comme si elle n’existait pas. »
Tu crois que t’es gentil mais en fait très méchant et égoïste !

« Ben, les gens, ils se rencontreront dans les magasins ».
Heureusement, notre saint homme en a vu d’autres et ne se démonte pas. Il pose la question qui tue : « Les gens vont-ils encore pouvoir se rencontrer ? »
Thomas Sotto a la réponse et elle fuse : « Ben, les gens, ils se rencontreront dans les magasins ».
J’invente rien. Ecoutez. Tout y est !
Monseigneur Podevin n’est décidément pas un perdreau de l’année. Le fourbe a gardé une dernière pique pour notre animateur déjà un peu sonné : Les allemands sont contre le travail le dimanche !
Mince ! Le fidèle auditeur d’Europe 1 ne l’avait pas remarqué mais depuis trois jours l’Allemagne n’avait pas été citée en exemple. Et pourtant, il s’y était bien habitué à ce bel exemple. Et c’est pourtant vrai mais notre modèle à tous n’est pas très « vertueux » en la matière mais, ça, on avait décidé de ne pas en parler.
Thomas Sotto croit avoir trouvé la parade ! Les allemands, bon ok, mais les italiens, les portugais, les espagnols ouvrent le dimanche ! On est vachement isolés ! T’es bien coincé là mon ptit curé ! Pas trop en fait. Cette fois, ça sent le KO. Monseigneur Podevin rappelle juste la situation économique dans ces pays qui est la pire de toute l’Union européenne (après la Grèce quand même !).
Sotto tente une dernière attaque pathétique : « Alors, on ferme tout, les boulangeries … »
No comment.
Franchement ? Ce matin Monseigneur Podevin m’a donné le moral. Non seulement, il y a encore des gens qui pense que l’économie ne doit pas tout diriger dans la vie des gens, mais, en plus, des chiens de garde comme Thomas Sotto peuvent recevoir une raclée en direct sur Europe 1 sans avoir rien vu venir ! Amen !
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