L’industrie agroalimentaire affaiblie par la crise


Le bulletin de santé d’une partie de l’industrie agroalimentaire française est décidément inquiétant. «  Les filières agroalimentaires subissent le contrecoup d’un marché français contraint par un pouvoir d’achat morose  », souligne le Crédit Agricole dans son observatoire des entreprises du secteur à paraître vendredi. L’établissement bancaire pointe des difficultés financières. «La hausse du chiffre d’affaires liée à l’augmentation des cours des matières premières ne se traduit pas dans la rentabilité, qui est au contraire affectée par une pression sur les marges. »
Plus de 16 % des entreprises présentent un risque fort de défaut de crédit.
Tous les secteurs ne sont pas logés à la même enseigne, mais un tiers des entreprises agroalimentaires « ne sont plus en mesure de réaliser le moindre investissement ».

L’activité exposée aux plus graves difficultés est celle de la transformation de la viande. « Un quart de ces entreprises sont en perte », selon le Crédit Agricole. La plupart des abattoirs ont subi un effet de ciseaux entre le coût de leurs approvisionnements, en hausse depuis deux ans, et la difficulté de répercuter ces coûts à la distribution. Leur rentabilité d’exploitation est la plus faible de tout l’agroalimentaire avec un ratio excédent brut d’exploitation sur chiffre d’affaires de 2,4 %. Le cash-flow ne dépasse pas trois jours de chiffre d’affaires. « Pour la grande majorité des entreprises, la capacité de désendettement se dégrade lourdement. » Globalement, « la filière viande connaît une aggravation marquée de sa situation », souligne le Crédit Agricole. Et même si quelques leaders dégagent un bon niveau de rentabilité, « une restructuration est inévitable ».

Dans les fruits et légumes, le Crédit Agricole déplore un « recul de la rentabilité de la majorité des entreprises ». Il est dû au renchérissement des approvisionnements, conjugué à une baisse de la productivité industrielle. La rentabilité d’exploitation globale (6 %) est tirée par les marchés hors d’Europe de quelques opérateurs. La filière, atomisée, exporte peu.
La rentabilité de la filière céréalière est, elle aussi, « en repli à un niveau bas  » (3,2 %) bien que le chiffre d’affaires, tiré par les cours mondiaux des matières premières, ait bien progressé.

L’industrie laitière, à la fois concentrée et exportatrice, s’en sort plutôt bien grâce à son dynamisme à l’étranger. A peine 5 % des entreprises assurent 80 % des ventes et la moitié du chiffre d’affaires est réalisé hors des frontières nationales. Autre spécificité du secteur, « de nombreuses petites et moyennes entreprises conservent une place significative sur des marchés de niche ou/et locaux ».

Rentabilité record pour le sucre
Mise à mal par la crise en 2008, « la filière vins, caractérisée par un grand nombre de petites entreprises, restaure progressivement sa rentabilité » grâce à la hausse des prix à l’export. Portés par le dynamisme de la demande asiatique et les prix élevés pratiqués sur ces marchés, les spiritueux ont une rentabilité quatre fois supérieure à la moyenne de l’industrie agroalimentaire.
Quant à la filière sucre, qui a bénéficié des cours mondiaux élevés, elle bat tous les records avec une rentabilité de 16,5 %. Très concentrée en Europe, elle tire parti de l’organisation de son offre, régulée par des quotas, dont la fin est programmée pour 2017. Mais, en dehors de l’Europe, elle doit se mesurer à une concurrence redoutable du Brésil et de la Thaïlande.
LesEchos.fr

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