Pour gagner de l’argent, rien ne vaut la double-pensée


Pour gagner de l’argent, une assurance doit assurer ce qui n’arrive presque jamais, et ne presque pas assurer ce qui arrive tout le temps.

Pour gagner de l’argent, une banque prête l’argent que nous lui confions par sécurité à d’autres et prend le risque de ne pas pouvoir nous le rendre.

Pour gagner de l’argent, une entreprise doit exploiter ses employés ou ses clients pour vendre ses produits plus chers qu’ils ne lui coûtent à l’achat ou à la fabrication.

Pour gagner de l’argent, un médecin doit souhaiter qu’il y ait toujours plus de malades, comme le croque-mort doit souhaiter plus de morts.

Pour gagner de l’argent, l’Etat doit offrir aux citoyens le minimum de services avec un maximum d’impôts.

Pour gagner de l’argent, l’employé doit se soumettre à la volonté du patron, et faire concurrence à ses collègues.

Pour gagner de l’argent, les peuples doivent coloniser les autres peuples pour exploiter leurs forces de travail et leurs ressources.

Pour gagner de l’argent, il faut détruire la planète, instaurer une dictature et faire la guerre aux autres hommes.

Pour gagner de l’argent, il faut mentir, tricher, voler, tuer, être dénué de toute morale tout en faisant croire qu’on agit pour des valeurs.

Pour gagner de l’argent, il faut calculer au lieu de profiter : perdre sa vie à la gagner.

Et par dessus tout, appliquer pour tout, et en toute circonstance, la double-pensée, c’est-à-dire faire une chose contraire à ce qu’on dit mais oublier consciemment non pas qu’on le dit mais qu’on le fait. Pour accepter de continuer à le faire : « Connaître et ne pas connaître. En pleine conscience et avec une absolue bonne foi, émettre des mensonges soigneusement agencés. Retenir simultanément deux opinions qui s’annulent alors qu’on les sait contradictoires et croire à toutes deux. Employer la logique contre la logique. Répudier la morale alors qu’on se réclame d’elle. Croire en même temps que la démocratie est impossible et que le Parti est gardien de la démocratie. Oublier tout ce qu’il est nécessaire d’oublier, puis le rappeler à sa mémoire quand on en a besoin, pour l’oublier plus rapidement encore. Surtout, appliquer le même processus au processus lui-même. Là était l’ultime subtilité. Persuader consciemment l’inconscient, puis devenir ensuite inconscient de l’acte d’hypnose que l’on vient de perpétrer ». George Orwell

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