Tourner le dos à la croissance, utopie idéaliste ou affront salutaire ?


 Il s’agit d’une notion tellement commune, qu’on l’utilise souvent sans savoir de quoi on parle. La « croissance ». Oui, mais la croissance de quoi ?
La croissance désigne en fait la variation positive de la quantité de biens et services produits et échangés au sein d’une économie. Elle se mesure grâce au Produit Intérieur Brut (PIB), représentant la somme totale de ces biens et services échangés sur une période donnée.

Difficile à mesurer, notamment dans une économie où les services prennent de plus en plus de place[1], la croissance et son corollaire le PIB ne s’en sont pas moins imposés comme le couple le plus en vue de l’actualité économique de ces dernières décennies.

Tout cela a commencé au XVIIème siècle. L’idée dominante chez les économistes est alors que plus une société produit des biens et des services, plus elle augmente le confort de ses membres. Pour Adam Smith par exemple, la recherche de l’abondance par la production et le travail constitue le moyen de renforcer la cohésion sociale en accroissant les liens interindividuels. Emile Durkheim ne dira pas le contraire un siècle plus tard en reconnaissant à la division du travail un rôle de création de solidarité fonctionnelle : chacun a besoin de l’autre pour produire.

Le XIXème siècle voit augmenter d’un cran cette glorification de la production. Pour Hegel ou Marx, produire et consommer sont bien plus que des moyens d’augmenter la richesse d’une société. Travailler, inventer, produire, cela permet de s’accomplir, de transformer le monde et l’humanité.

Au XXème siècle, avec l’invention de la comptabilité nationale, on va chercher à mesurer tout cela, à estimer le revenu national. C’est dans ce contexte que l’économiste Simon Kuznets réalise en 1934 une première ébauche du PIB. Déjà, pour son inventeur, le PIB est imparfait en ce qu’il ne tient compte que d’une partie des activités et ne dit rien du bien-être. Cela ne va pas empêcher les économistes en charge de réfléchir à la mise en place des comptabilités nationales de travailler sur cette base et d’élaborer des instruments aptes à calculer ce fameux PIB. La suite vous la connaissez. Si l’économie était une religion, croissance et PIB en seraient les dieux.
Décroissance
Cet appétit pour la croissance rappelle pourtant de plus en plus l’attirance de Blanche-Neige pour cette belle pomme qui avait pourtant l’air si sucrée.
A y regarder de plus près, nombreux sont les indices faisant apparaître qu’il s’agit d’une construction, bancale, qu’on nous impose malgré nous comme étant l’unique solution, le remède à tous nos maux. Loin d’être un remède, nous verrons que la croissance possède un côté obscur, dévastateur, tant au niveau social qu’écologique. Pourtant, si l’on enlève les œillères dont nous équipe insidieusement la pensée dominante, de multiples chemins apparaissent à côté de cette autoroute grise qu’on nous présente pourtant comme le seul chemin praticable. Et loin de nous ramener à notre point de départ, ces chemins alternatifs semblent bien contourner l’abîme qui commence à se dessiner, là-bas, à l’horizon, dans lequel va se jeter tout droit ce triste ruban de béton sur lequel nous sommes actuellement.
Tourner le dos à la croissance ? Utopie idéaliste ou affront salutaire ?

La « croissance » : une notion survalorisée aux effets pourtant potentiellement néfastes

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