La méditation est avant tout une science de l'esprit. Elle nous invite à expérimenter une transformation profonde.

La scène se passe dans un supermarché aux Etats-Unis. Un homme fait la queue à une caisse. Devant lui, une femme d’un certain âge, portant un bébé, converse avec la caissière. « Elles me font perdre mon temps », pense-t-il. Il parvient à juguler sa colère montante, et, au lieu d’éclater lorsque vient son tour de payer, il fait une allusion à la scène à laquelle il vient d’assister. La caissière lui explique alors que l’enfant est le sien : son mari a été tué en Irak, elle a été obligée de prendre ce travail et chaque jour, sa mère passe la voir avec son bébé. 

L’homme se sent envahi par la compassion.

Cette histoire a été racontée par le psychologue et méditant Jack Kornfield lors d’une conférence à Paris. Imaginez que l’homme se soit laissé aller à sa première impulsion de colère et d’impatience, mû par son intérêt immédiat : payer rapidement et rentrer chez lui. Son expérience, c’est-à-dire sa réalité du moment, aurait été bien différente. L’espace, la respiration en lui, lui ont permis d’appréhender la réalité du moment autrement.
Ainsi nos émotions et nos pensées conditionnent-elles notre approche du monde. En ce sens, c’est l’esprit qui crée notre réalité. « Tout ce que nous vivons, nous ne l’expérimentons qu’à travers l’esprit. Pourtant, l’esprit est la seule chose dont on ne s’occupe pas », explique Trinlay Tulku. C’est là que la méditation intervient.

Ce lama français élevé dans la tradition du bouddhisme tibétain est réticent à employer ce mot au singulier, car « il y a de nombreux volumes écrits pour approfondir chaque technique ». Une métaphore résume le chemin à parcourir : « Notre esprit est comme la flamme d’une bougie, nos émotions et nos préoccupations de tous les jours sont comme le vent. » Une fois ces préoccupations et ces émotions apaisées, la flamme de l’esprit stabilisée éclaire les constructions mentales qui apparaissent sous un jour nouveau. C’est alors que le méditant « voit ». Et plus il reconnaît dans la réalité qui l’entoure le reflet de son esprit, de son état d’être, plus sa vision du monde se modifie.

Lorsque les perceptions changent, on voit combien celles-ci sont conditionnées par notre état d’être.
Dans Le Livre tibétain de la vie et de la mort, Sogyal Rinpoché relate « une expérience des plus stupéfiantes. Tous les objets du monde environnant étaient en train de se dissoudre… » Son maître l’incita à ne pas s’attacher à cette expérience. « Il est conseillé de ne pas accorder d’importance aux diverses expériences intérieures qui peuvent surgir au cours de la méditation, écrit Matthieu Ricard dans L’Art de la méditation. Notre but est de nous transformer nous-mêmes au fil des mois et des années. »

La méditation est une invitation à ne pas nous identifier à ce que nous percevons, afin de poser un regard neuf sur chaque instant. Ultimement, dans le bouddhisme tibétain, ce travail de l’esprit permet d’arrêter de n’être que réactif pour « être ». Comme dans d’autres traditions spirituelles, la méditation y est le creuset d’une alchimie. L’esprit modifie son rapport au monde jusqu’à réaliser à quel point il participe à sa création.

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Petite relaxation guidée :


Bodhiyuga/videos

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