Lettre à mon conseiller financier, au Crédit Mutuel et au système bancaire en général

Monsieur F,

Quelle immense joie de trouver, dans ma messagerie, un mail de votre part ; cela faisait si longtemps. Un samedi matin devant ma première tasse fumante de café. Au lait. Le réveil est moins doux que d’habitude.

Je réponds donc à votre mail concis qui m’invite, dans une déférence de principe, évasive mais non moins menaçante, de régulariser un découvert de 7,64€ le plus rapidement possible. Si tel n’est pas le cas, je n’aurai plus l’intense plaisir d’utiliser la carte bancaire ; en revanche cela sera une merveilleuse occasion, pour vous, de ponctionner mon compte déjà débiteur de frais bancaires (dont le montant n’est pas précisé…surprise !) ; un peu comme si les pompiers, en arrivant sur les lieux d’un accident, voyant le conducteur sérieusement atteint, saisissaient sa tête ensanglantée et défonçaient son crâne contre le volant déformé par le choc, histoire d’achever son agonie. Mais une banque n’est pas un service d’urgence à la personne. Je le conçois. Il est important de ne pas tout mélanger. Et d’amalgamer. Et d’éviter toute confusion. Toutefois, je vais répondre précisément à votre demande. Je vais réagir au stimulus matinal déclenché par vos quelques mots. Ma réponse sera un peu plus longue que votre mise en demeure. Beaucoup plus longue même. Je suis un littéraire. Et les chiffres ne m’intéressent pas. Et j’aime faire des liens.

Je tiens à préciser que le « vous  » employé ne s’adresse pas à vous en tant que conseiller chargé de clientèle mais à la nébuleuse à laquelle vous appartenez et à laquelle, de fait, j’appartiens également en détenant deux comptes bancaires au Crédit Mutuel. En fait la nébuleuse à laquelle tout le monde appartient. Quel que soit le petit prénom de l’organisme bancaire.

Donc je reprends. Je suis bien conscient qu’une banque n’est pas un service d’urgence, ni un hôpital ; encore moins un service social.

Non une banque et l’univers de la finance en général, sont un panel de services onéreux, obligatoires qui sous couvert d’accompagner tout un chacun dans le moindre de ses faits et gestes quotidiens le contrôlent, l’observent, le menacent, le sanctionnent, le ponctionnent, le dissèquent, le félicitent, le congratulent, lui accordent, lui interdisent. Et la liste des verbes est longue. Tout au long de la vie. De la naissance à la mort. A croire que nos vies ne nous appartiennent pas vraiment. Elles sont sous la tutelle de la banque et de ses sbires. Des parents spirituels en quelque sorte. Quoique l’argent n’a rien de surnaturel. En revanche son attraction sur ce monde et sa façon qu’il a de contrôler les actes de tous les individus, d’influencer leurs comportements, de titiller leur perversité en fait une divinité d’une puissance phénoménale. Et les grands manitous qui en déterminent les rouages s’appliquent à construire des règles de fonctionnement complexes, incompréhensibles, humiliantes, culpabilisantes. Ils ont pour essence intrinsèque ces règlements et autres rouages sibyllins de voler les adeptes – soit les milliards de clients – et de nourrir grassement et gracieusement quelques milliers d’apôtres et leur petite centaine de Dieux. Si je ne m’abuse, aucune religion n’a réussi une telle main mise dans le quotidien des gens. Rien. Absolument rien ne peut se faire sans passer par la case banque. Excellent ! Quelle escroquerie ! Une secte à l’échelle planétaire. Bravo.

En tant qu’adepte forcé, j’en reviens à ce qui me concerne en ce samedi matin 3 mai 2014. Le découvert de 7,64€ correspond à des frais de rejet d’un prélèvement. Si vous regardez avec acuité ce dit compte, le prélèvement n’a pas été rejeté. Il s’agit de ma facture de téléphone portable Bouygues Telecom. Hors la somme a bien été prélevé le 24 avril 2014 et ma ligne téléphonique n’a pas été bloquée.

Ces frais ne seraient-ils pas abusifs ? Ou est-ce une erreur malencontreuse ? La farce cynique d’un ordinateur programmé à sanctionner, à l’avance, tous les adeptes en situations irrégulières ; soit dans un langage familier, vulgaire, des clients dans la mouise, des clients dans la merde jusqu’au cou, des clients qui se débattent comme ils peuvent pour ne pas sombrer dans la fausse septique ?

Actuellement, je suis un de ces clients/adeptes forcés dont le numéro de compte doit être surligné en gras ou inscrit dans une liste non pas V.I.P mais dans la liste des C.A.A.S.S.M.M, Clients Agonisants A Sucer Sans Merci jusqu’à ce que Mort s’en suive. Remarquez, c’est une autre forme de V.I.P. Vos petits chouchous ; nous sommes des V.I.P que vous pouvez racketter sans problème pour la simple et bonne raison que vous les assassinez avec vos armes aussi insidieuses que le zyklon B, ces frais divers et variés à régularité sans fin. Qui étouffent. Qui strangulent. Qui agonisent. Qui tétanisent. Qui empêchent de réagir. Par ce que les C.A.A.S.S.M.M culpabilisent, ont honte. N’oublions pas, vous êtes la nouvelle religion. Et les religions, les dogmes ont cette particularité de vampiriser et d’effrayer. La peur des sanctions. Sûrement.

Quant aux autres V.I.P, les vrais, ces clients/adeptes plein aux as, eux, peuvent s’autoriser à vous parler comme à des chiens affamés. Pour rien au monde, vous ne voudriez perdre des comptes richement garnis. La puissance de l’argent ! Elle est telle que celui qui a de l’argent peut être exécrable avec vous, peut exiger et vous traiter de merde fumante, ils auront toujours en retour un gracieux sourire et un léchage d’anus en bon et due forme. Insensé !

Mes deux comptes sont donc à présent en négatif, c’est-à-dire des jolis chiffres, des nombres plutôt flatteurs mais dégradés par un tout petit trait devant. Un moins. Ce n’est pas si moche que ça, visuellement parlant, mais c’est très contraignant. Pour moi. Autant vous dire que je préfère avoir un petit plus devant ces mêmes chiffres et nombres. Je me sens mieux. Enfin, mieux. Non pas mieux. Plus détendu vis-à-vis de vous. Vous rendez-vous compte ce que je suis en train d’exprimer ? Je me sens redevenir adolescent et justifier mes actes, mes pensées et mes choix à mes parents. C’est une situation complètement ridicule. Vous ne trouvez pas ? Je n’ai pas à vous justifier quoi que ce soit. En théorie. Dans l’idéal. Mais tout ça n’est que fiction. Je suis un client/adepte forcé et, il est de mon devoir, de mettre entre vos mains – sales – mon existence. Et il est là le problème. Mais je suis obligé, contraint de le faire. Même si vous n’en avez que faire du sens philosophique et de la singularité des parcours de vie de chacun. Ce qui vous intéresse est l’argent. La tune. Le fric. Le flouze. L’oseille. Le blé. Les biftons. La maille. Le pognon. C’est votre métier. Et nous ne sommes qu’une suite de chiffres qui doit rapporter des nombres. Plein de nombres. Sans aucune morale. Là est peut-être votre seule différence avec les religions, là je m’en réfère aux idéologies premières, pas ce qu’en ont fait, par la suite, les hommes religieux en s’acoquinant avec le monde de la finance. Point barre. Vous avez un appétit ridicule d’argent.

Et je n’en ai pas d’argent. A vrai dire l’argent ne m’intéresse absolument pas. Par ce que l’argent permet d’avoir. Il ne permet pas d’être. Même si vous vous acharnez à nous inculquer le contraire. En aucun cas. Ma recherche dans la vie est d’être pas d’avoir et d’accumuler. Totalement antinomique avec vous. Mais je suis obligé de me référer à vous. Cette réalité me turlupine. M’offusque. Me rend irritable. Me pollue. C’est kafkaïen. Et terrible pour moi. Mais vous n’en avez rien à faire de mes émotions. Et, je vous comprends. Les chiffres sont froids. Pragmatiques. Ils vont d’un point A à un point B. Suivent le parcours qu’on leur demande de suivre. Pas plus. Et dans votre monde, les chiffres rendent ceux qui en ont respectables et ceux qui n’en ont pas comme infréquentables. Des suspects condamnés à vivre avec la menace de sa Financieurie.
Ayant reçu une bonne éducation, je vous réponds.

Actuellement. Je n’ai pas d’argent. Vous le savez autant que moi puisque vous connaissez une grande partie de ma vie. Je ne gagne pas un rond même. Entre mon choix de vivre en fonction de mes valeurs et de mon rythme (là je sais que je parle coréen) et le pourrissement de l’économie, la période est difficile. Être artiste, être créatif n’apporte pas des fruits bien mûrs soit en langage financier, une cascade de tunes dans un laps de temps proche de l’immédiateté. Il faut du temps. Mais ça Papa et Maman banque-finance n’en ont strictement rien à foutre. Le temps c’est de l’argent. Pour moi le temps est ailleurs. Dans une autre sphère. Nous ne pouvons pas nous comprendre. Quant à l’état de l’économie, je dirai que vous devriez vous sentir concerner. Et faire preuve d’humilité. De mea culpa !

Vous avez défoncé volontairement l’économie réelle. Exiger un sauvetage financier à tous les gouvernements – qui bien évidemment, en bons apôtres, vous ont offert rubis sur ongle ; effort fourni par nous, les contribuables. Pauvres cons que nous sommes ! Ces bouées de milliards de devises ont donc été distribués par vos amis les politiques, elles ont renfloué vos excès, vos erreurs stratégiques et votre appétit hystérique d’enrichissement immédiat. A haut risque. Empêchant votre noyade que finalement vous méritiez, en hurlant dans votre détresse que le monde sans les banques ne peut pas exister. Quelle foutaise ! D’autres possibilités de constructions du monde sont possibles ; certes sans vous, sans votre machiavélisme. De toute façon vous contrôlez tellement tout, entreprises, peuples, pays, associations qu’il est, en effet, difficile d’échapper à vos arcanes. Vous paupérisez des peuples entiers en exigeant des réductions drastiques de dettes publiques. Vous prêtez de l’argent aux pays accusés de laxisme humain à des taux effarants. Vous assurant un enrichissement encore immédiat. Vos contreparties sont pingres. Vous vous permettez même de mettre en jeu des milliards en pariant, comme si de rien était, comme si 2008 n’avait jamais existé, sur tout et n’importe quoi. En vrac. L’effondrement de la Grèce, du Portugal, de la France peut être, le marché de la pollution, des terres arables, des biens de première nécessité, la montée exponentielle de la pauvreté, la consommation de biens fabriqués par des esclaves de Pays émergeants par les esclaves en devenir des Pays riches. Et je pourrais écrire des pages de ceux que vous exigez des autres. Et vive l’économie fictive !
Et 2008 ne vous a pas rendu plus humbles.

Alors pour combler les 7,64€ du premier compte et les 900€ du second compte. Je réfléchis. Vous aurez remarqué que j’ai réduit mes frais fixes au maximum. Je suis hébergé, je ne me déplace plus et je cherche, Monsieur, je vous assure je cherche des solutions. Mais vous devez savoir que nous sommes dans une société où la mode est de ne pas envoyer de réponse. Alors j’ai postulé à pas mal de choses. Mais…rien. Pas de réponse. Silence radio. Le néant.
 Alors, je réfléchis.
  • Je n’ai aucune accointance avec un laboratoire pharmaceutique ou autre puissant économique qui me permettrait comme de nombreux politiques d’alimenter mon compte de plusieurs milliers d’euros en remerciement d’un rendez-vous opportun, d’une signature utile ou des paupières qui se ferment sur un scandale qui peut être un jour, dans longtemps, éclatera. Par inadvertance. Par vengeance.
  • Je n’ai pas d’amis africains m’apportant des valises de billets.
  • Je n’ai pas l’âme d’un voleur. Franchement arraché le sac d’une petite vieille gracile n’est pas inscrit dans mon code de valeur. J’aurai en plus l’impression, si je le faisais, de ressembler à vous quand vous pillez les plus vulnérables. A priori je ne fais pas ce que je reproche aux autres de faire. Oui, je suis intègre.
  • J’ai pensé à la prostitution. Bien que je n’aie pas un physique trop dégueulasse pour mes presque 40 ans, je pense que je devrais proposer mon vit et mon postérieur à des hommes très vieux, et franchement, je me respecte suffisamment pour ne pas aller sur ce terrain-là.
  • Je pourrais aussi organiser un petit trafic sexuel autour d’enfants marocains ou thaïlandais. Mais là franchement, les pédophiles me dégoûtent et certains biens placés devraient aller en prison. Mais ils ont de l’argent et peuvent acheter des tonnes de choses même le silence et la paix morale.
  • Je pourrais dealer un peu de drogues. Pour cela il faudrait avoir un appétit certain pour l’argent facile. Un peu comme vous. Pas possible. Et puis je n’ai pas envie de terminer en tôle pour renflouer Papa et Maman banque-finance.
  • Je pourrais m’introduire dans une organisation qui fait son beurre sur le trafic d’humains. Passeur, ça marche bien avec tous les conflits financés par de grands pays et des grands noms. Des réfugiés il y en a la pelle. Et ceux qui se font de la tune dessus, il y en a pléthore. Avocats et OMG aussi. Eux sont légaux. Alors…
  • Je pourrais rencontrer un homme ou une femme fortunée, lui faire croire que je l’aime follement pour me faire entretenir. Non, là franchement se mettre en couple par intérêt, c’est pas mon truc. Pourtant avec la gueule que j’ai-je suis certain que j’y arriverai.
Je pense avoir fait le tour des solutions qui répondent à votre préoccupation de combler le plus rapidement possible les 7,64€.
  • Je pourrais aussi trouver un petit boulot pour gagner le smic (enfin tant qu’il existe puisque Papa et Maman banque-finance propose de le remettre en cause) mais il semble que mes compétences soient supérieures aux dits petits boulots. Mais vu les prix indécents des loyers et des denrées alimentaires, je pense que je serai à découvert en permanence ; donc nous retournons à la problématique de départ ! Et il y en a assez d’alimenter ce système qui tire tout vers le bas. J’ai pas envie d’être un esclave.
  • Je pourrais aussi me suicider. Et laisser en jachère ces comptes bancaires et vos exigences. Je n’en ai pas encore envie ; cela pourrait venir. Votre monde est si oppressant. Si intransigeant. Impatient. Des Pères fouettard en puissance. J’ai encore l’énergie de la résistance. Alors…
Si j’étais dans un de ces circuits, vous ne m’auriez pas écrit et je n’aurais pas écrit cette longue lettre.
Le week-end me permettra peut-être de réfléchir à d’autres possibilités.

Je vous remercie de m’avoir prévenu et je suis désolé de ne pouvoir dégainer une solution dans l’instant. Je vais enlever le mot « désolé » car si je suis désolé c’est pour moi et certainement pas pour vous. En revanche, sachant que je ne peux stopper les processus qui gèrent votre société mutualiste, sans carte bancaire, je mangerai beaucoup moins et vous en saurez moins sur ma vie.

Je vous rappellerai que ma situation financière est, sur des années, chaotique. Parfois j’ai de l’argent (de belles sommes) parfois je n’en ai pas (et je n’abuse pas) ; je suis ainsi chaotique. Je n’ai pas choisi une vie de salarié. Et alors ? Mais là, j’ai encore la sensation de m’adresser à mon père ou à ma mère. Et c’est épuisant.

Après tout, faites ce que bon vous semble puisque vous savez mieux que moi. Tant qu’il y a de l’argent tout va bien. Peu importe d’où il vient ! Quand il n’y en a plus, vous en prenez quand même…

Et je me surprends à rêver, ce jour, où des gens réagiront et cesseront d’alimenter leurs comptes et de vous engraisser. Car, vous avez besoin de nous pour fonctionner si tel n’était pas le cas vous ne vous donneriez pas autant de mal pour conditionner nos vies. Je sais que vous pouvez être assuré de votre longue vie, une pérenne existence, riche, enrichissante, sonnante et trébuchante, les peuples ne réagissent plus et sont amorphes. Vraiment chapeaux ! Mais j’ai le droit de rêver.

Je vais partager cette lettre avec de nombreux réseaux sociaux. Ce n’est pas une menace, c’est une information tout comme vous m’avez prévenu des frais et autres contraintes à venir. Ah qu’il était bon le temps, c’est-à-dire il y a 18 mois quand j’ai versé 36000 euros sur mon compte. Vous étiez tout frétillant. C’est dingue ce que cela vous fait l’argent. Tout ça pour une petite commission sur des produits financiers vendus. Qu’est-ce qu’on ne ferait pas pour 50 euros ! 100 peut être. Par trimestre. Enfin rien en comparaison des dividendes perçus par les grands manitous.

Je cherche encore pour les 7,64€ et les 900€. Je fais au mieux de mes possibilités (maigres) et surtout en respectant ma conscience. Et mon être.
Frédéric Bargeon
Client/adepte forcé

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