Brésil: évacuations de force et démolitions autour du stade Maracana

Au milieu de tonnes de gravats rappelant un bombardement trônent un vieux fauteuil, une chaussure d'enfant, une poupée: tout ce qui reste d'une quinzaine de maisons démolies près du stade Maracana de Rio dans le cadre de la rénovation du quartier en vue du Mondial, à la grande colère des habitants.

"Je dormais quand les types de la mairie ont frappé à la porte et m'ont expulsé de force. Je n'ai même pas eu le temps de prendre mes papiers d'identité", a affirmé mercredi à l'AFP Weber Garcez, 33 ans, l'un des habitants de la Favela do Metro, à proximité du temple du football brésilien, où sera disputée la finale de la Coupe du Monde (12 juin-13 juillet).


"Quand je suis arrivé hier soir, toutes mes affaires étaient sous les décombres laissés par les bulldozers de la mairie", a témoigné quant à lui Uthant Viana, un chauffeur de taxi de 43 ans.


Colère des habitants


Ces démolitions, tôt mardi matin, ont soulevé la colère des habitants, qui ont bloqué pendant deux heures la circulation sur l'avenue Radial Oeste, devant le Maracana, déjà entièrement rénové à grands frais (plus de 450 millions de dollars). En soirée, des manifestants ont de nouveau bloqué l'avenue en mettant le feu à des barricades.

Une avocate engagée, Eloisa Samy, venue apporter une assistance juridique aux habitants expulsés, dont de nombreux enfants, expliquait mercredi à l'AFP que 637 familles du quartier ont déjà été expropriées en 2010, et relogées par la mairie dans de grands ensembles non loin de là.


Mais comme leurs maisons sont restées vides, beaucoup ont été squattées et il reste aujourd'hui une quinzaine de familles dans les lieux. Toutes les maisons, une quarantaine au total, seront démolies d'ici la fin du mois, a annoncé la mairie.


Le responsable municipal de la zone, André Santos, a annoncé que ces familles restantes, "toutes des squatters, pourront trouver refuge dans des abris de la mairie".


"Le maire est venu il y a deux mois et nous avait promis une maison. Je veux juste un endroit pour dormir avec ma fille", assurait Renata Lopes, 26 ans.


Des affiches avec la photo du maire, Eduardo Paes, surmontée de la mention "On recherche..." ont été collées sur la façade de plusieurs habitations.


"Ces personnes ont déjà très peu et on leur a tout cassé, tout pris. Je veux attirer l'attention des pouvoirs publics, le maire Eduardo Paes doit venir négocier ici", s'insurge Me l'avocate Samy.


On cache la saleté sous le tapis


"C'est de la spéculation immobilière, ils veulent construire un centre commercial ici. Le peuple brésilien, les pauvres, doivent faire des sacrifices pour que tout soit propret pour le Mondial. On cache la saleté sous le tapis", souligne-t-elle.

Après un coup de téléphone, elle apporte enfin une bonne nouvelle: le sous-secrétaire au Logement lui a demandé un rapport sur la situation de chacune des familles. Elle est applaudie aux cris de "On résistera! On résistera!"


Valeria da Silva, 38 ans et huit enfants de 20 à 4 ans, vivait ici après avoir fui un abri de la mairie où sa famille et elle vivaient "comme des chiens", selon elle.


Entourée de ces deux cadets entièrement nus, elle dit ne pas savoir où elle va aller.


En juin, le Brésil a été secoué par une fronde sociale historique. Des centaines de milliers de manifestants ont envahi les rues pour réclamer l'amélioration des services publics et protester contre les sommes colossales dépensées dans la construction des stades pour le Mondial.


Le gouverneur de Rio, Sergio Cabral, a dû faire marche arrière sur la démolition d'un ancien Musée de l'Indien, qui jouxte le Maracana, après de nombreuses manifestations violentes.


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