La FIFA dicte sa loi


Fondée en 1904 dans le prestigieux quartier de la rue Saint-Honoré, à Paris, puis transférée en 1932 à Zurich, après la crise financière de 1929, la Fédération internationale de football association (FIFA) est devenue une multinationale du ballon rond. Bien qu’ayant un statut d’association à but non lucratif, l’instance dirigeante du football mondial brasse davantage de richesses que certains Etats : en 2010, son chiffre d’affaires s’élevait à 1,3 milliard de dollars.

Agissant comme une société commerciale, ses préoccupations sont avant tout financières. Elle vend au plus offrant son « produit-phare » : le Mondial, dont les promoteurs vantent les retombées positives en termes de notoriété et de recettes sonnantes et trébuchantes pour les pays hôtes. Mais les conditions sont des plus draconiennes : exonération fiscale et de taxe sur la valeur ajoutée (TVA) pour l’instance fédérale, ses employés et ses prestataires ; liberté totale d’exportation et de conversion des devises, accès gratuit aux télécommunications, suspension des obligations de visas pendant la compétition, etc.

La FIFA se réserve également le droit de choisir quelles publicités peuvent être déployées dans un rayon de deux kilomètres autour des stades – l’aire ainsi délimitée devenant, selon la terminologie de la fédération, une « zone commerciale exclusive » dont sont bannis les marques concurrentes de ses partenaires ainsi que les vendeurs ambulants. La fédération exige, par ailleurs, l’installation d’un « village de sponsors » d’au moins 35 000 mètres carrés. Enfin, le coût (faramineux) de la sécurité revient entièrement au pays organisateur (1).

Au Brésil, où se tient l’édition 2014 du Mondial, de nombreuses voix s’élèvent pour dénoncer les « diktats » de la FIFA et l’intrusion de ses représentants dans les affaires du pays. Outre ses exigences habituelles, celle-ci réclame l’inscription de nouveaux délits dans le code pénal brésilien, la possibilité de vendre des boissons alcoolisées dans les stades — ce que les autorités interdisent pourtant depuis dix ans —, la révision de la loi garantissant des billets à moitié prix pour les Brésiliens de plus de 60 ans et les étudiants, ainsi que la possibilité de poursuivre de deux ans de prison tout personne portant atteinte à l’image des sponsors. Autant de mesures qui, selon l’hebdomadaire brésilien Istoé, « créeraient, si elles étaient rigoureusement appliquées, une sorte d’Etat parallèle » et « mett[raient] en danger la souveraineté nationale » (2).

(1) Lors du dernier Mondial en Afrique du Sud (2010), Pretoria dut débourser près de 200 millions de dollars rien que pour assurer l’ordre public pendant un mois ; deux cent mille policiers furent mobilisés aux frais du contribuable.
(2) « La FIFA taclée par Dilma Roussef », Courrier international, Paris, 27 octobre - 2 novembre 2011

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