Monsanto : entre mythe et réalité ?


Le 12 juin dernier, Monsanto a publié sur son site, un document censé rendre ses pratiques totalement transparentes. Le titre ? « Mythe et réalité ». A l’intérieur de ce document, on y retrouve des informations concernant les valeurs du géant américains, et les « 10 mythes les plus répandus sur Monsanto ». A la façon d’un coupable qui tenterait par tous les arguments d’échapper à sa sentence, Monsanto use dans ce document de tous les arguments rhétoriques possibles afin de tourner chaque accusation en sa faveur. Belle preuve de maniement linguistique, mais nous ne sommes pas dupes, la sémantiques peut être trompeuse seulement pour celui qui ne sais pas l’analyser.
Tout d’abord, commençons par cette phrase que nous pouvons trouver sur le site (1) pour introduire le fameux document « Nous venons de faire paraître un document résumé de notre position sur les 10 principaux mythes et allégations concernant Monsanto, présenté sous forme de dépliant. ». Monsanto, connaissez-vous la définition exacte des mots que vous employéz ? Unmythe est un récit fantasmagorique, de l’ordre de l’imaginaire, de tradition orale et mêlant des valeurs philosophiques. Est-ce bien à cela que vous comparez les innombrables études scientifiques qui démontrentles méfaits de vos multiples produits ? Comparez-vousle professeur Séralini à un vulgaire conteur d’histoire ? Les preuves ne sont pas imaginaires, et les accusations auxquelles vous tentez d’échapper  ne sont en aucun cas le fruit de l’imagination d’un cerveau fertile. Ce sont encore moins des allégations, puisque par principe une allégation étant non-fondée, nullement besoins d’études scientifiques pour alléguer.
Attardons nous ensuite sur le document en question. (2)  Bel effort de graphisme, il faut l’avouer.Ca donne presque envie, toutes ces couleurs naturelles et ces photos en pleine nature… Passons au texte.
1- « Monsanto contribue à une agriculture durable et améliore la qualité de vie en aidant les agriculteursà produire une nourriture meilleure, moins coûteuse, et en plus grande quantité, le tout en réduisant l’utilisation des sols, de l’eau, et de l’énergie et en diminuant la production de déchets. Privilégier le durable, ça veut dire quoi ? Cela ne signifie-t-il pas produire plus (de nourriture) avec moins (d’eau, de terre, et d’énergie, par unité produite) ? C’est ça, notre spécialité. »
Désolé de l’annoncer, mais il n’est pas possible d’appliquer la définition qui nous plait à un terme spécifique. Chaque terme de langage a son rapport propre entre le signifiant et le signifié. Et selon l’INSEE (3),  la définition du développement durable est la suivante : c’est « un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs », inspirée des paroles de Mme Gro Harlem Brundtland, Premier Ministre norvégien en 1987. Il n’y a donc aucun rapport avec un souci de production ou de rendement, bien au contraire. Selon cette définition, Monsantoest-il donc toujours en accord avec le terme de développement durable ? Difficile de juger les pratiques lorsque l’on n’est pas là pour les vérifier. Cependant, le simple fait que les semences soient brevetées, empêchent la reproduction de ces dernières, et donc leur durabilité dans le temps. Empêcher la nature d’exercer son rôle, pour en prendre le contrôle, tel est l’antinomie du développement durable. D’ailleurs, Jean Pierre Berlan, ancien directeur de l’INRA, explique parfaitement la dangerosité de cesOGM pesticides dans un billet relayé sur le nouvel Obs (4)

Passons au deuxième point :
2-« Monsanto est un chef de file dans l’offre de solutions agricoles qui améliorent à la fois les rendements et la qualité de vie grâce à la sélection végétale et les semis de précision, la biotechnologie, les produits de biocontrôle, la protection des cultures, et l’assurance-récolte. Seules 111 entreprises dans le monde investissent plus de 1 milliard de dollars par an en R&D. Monsanto est l’une d’entre elles (n° 96).2. »
Nous avons effectivement retrouvé ce document. Vous pouvez même le télécharger ici. Monsanto y figure bel et bien, à la 96ème place, mais avec pour secteur d’activité la « chimie », et non l’agro-alimentaire, comme vous pouvez le constater (photo à intégrer). Ce qui n’est pas vraiment la même chose...
Sautons maintenant une étape et passons aux fameux « 10 mythes ».
Notez qu’à chaque récusation, Monsanto cite ses sources en y inscrivant un lien informatif pour prouver les arguments... notez aussi que pour  7 de ces 10 mythes, les liens  en question redirigent directement vers le site deMonsanto lui-même. C’est un concept après tout de se citer soi-même en source. Vous parliez d’allégations ?
De plus, si vous êtes attentif, dans le mythe n°2 sur les abeilles, le lien vers la page de Monsanto n’existe tout simplement plus. Merci pour ces informations.
De plus, il suffit de comparer deux liens pour voir à quel point Monsanto peut-être paradoxal.
Ici, voici un lien provenant du site Monsanto expliquant que, non, les suicides des agriculteurs indiens n’ont rien à voir avec leur coton transgénique. Et ici, une actualité nous expliquant que Monsanto a enfin reconnu l’échec de son coton Bt. Bizarre bizarre...
Etudions également le mythe N°5 :
« Les risques liés au glyphosate n’ont pas été  correctement évalués
Faux
Le glyphosate15, ingrédient actif du Roundup,  est un des produits les plus étudiés au monde et a été approuvé pour utilisation dans des  produits de contrôle des mauvaises herbes dans plus de 100 pays, depuis plus de 40 ans. Les  autorités soumettent toutes les formulations de Roundup à des évaluations scrupuleuses des  risques avant que celles-ci ne soient autorisées  à la vente. Comme c’est également le cas avec d’autres produits de protection des cultures, la substance active et les produits finis sont tous soumis à un tel processus d’évaluation.
La substance active est d’abord approuvée au niveau de l’Union Européenne. Les produits formulés sont ensuite évalués »
Avec, en lien pour venir appuyer ses arguments, le site www.glyphosate.eu
Par qui est fait ce site ? Par l’European Glyphosate Task Force (GTF), qui est un rassemblement de plusieurs compagnies. Vous l’aurez compris, parmi ces compagnies se trouve Monsanto (5)
Ce qui est remis en cause, ce ne sont pas les études en elles-mêmes, mais ce sur quoi elles se sont portées. En effet, les études se sont uniquement portées sur la molécule active du glyphosate, et jamais la composition duglyphosate dans sa globalité n’a été prise en compte. C’est ce cocktail d’ingrédients qui est hautement néfaste pour la santé .En effet, à cause de ses propriétés physico-chimiques , le glyphosate est très compliqué à analyser, comparé à d’autres  herbicides. Dans un document de S. Goscinny et V. Hanot, les deux scientifiques expliquent que l’extraction du glyphosate est très compliquée :
« Le glyphosate est très polaire, soluble dans l’eau et insoluble dans les solvants organiques, ce qui limite les possibilités pour son extraction. L’utilisation de l’eau est de ce fait inévitable pour cette étape. Toutefois, dans l’extrait, on retrouve aussi tous les autres composés hydrosolubles de la matrice (sucres acides aminées, sels..) qui vontinterférer avec la détermination du glyphosate. Une étape de purification sur colonne est délicate à cause du caractère amphotère du glyphosate. Une purification de type extraction liquide-liquide est moins difficile en terme de rendement et est, de ce fait, l’option la plus répandue dans la littérature. Toutefois, cette dernière requiert plus de manipulation et allonge le temps d’analyse. » (6)
De plus en raison des autres composés, le Roundup serait 1000 fois plus toxique que le glyphosate en lui-même. (7)
Pour finir, une dernière remarque sur le glyphosate et le Roundup : Un produit pour lequel vous êtes obligés de porter des gants lorsque vous l’utilisez peut-il être bon à consommer ?
L’étude de cette plaquette de communication pourrait durer encore des heures. On préfère s’arrêter pour le moment et laisser votre libre-arbitre juger des multiples autres incohérences de ce document...

Merci à Mona pour le relais de cet article paru ICI

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