Corrida, barbarie déchaînée à Maubourguet


Témoignage: Jean-Marc Montegnies, président d’Animaux en Péril


CRS… SS ?

Ce slogan, popularisé sur les barricades parisiennes en mai 68 et ancré dans la mémoire collective va-t-il revenir au goût du jour lors des manifestations anti-corrida ? C’est la question qu’on est en droit de se poser suite aux événements survenus à Maubourguet ce samedi 23 août 2014.
Ce jour-là, dans cette petite commune rurale des Hautes Pyrénées, la police a vraiment dérapé... et j’y étais.

Je ne suis pas anarchiste, je ne suis pas « anti-flic » et ceux qui me connaissent n’ignorent pas que certains membres de ma famille portent l’uniforme. Mon père est un commissaire de police à la retraite et plusieurs de mes amis sont également policiers ou gendarmes tout en étant militants… ce n’est pas incompatible.
En outre, l’association que j’ai l’honneur de présider collabore au quotidien avec les forces de l’ordre lors de sauvetages d’animaux maltraités, errants ou abandonnés.
Ce qui précède n’a qu’un seul but : comprendre que je ne me trompe pas de cible… mais quand l’uniforme de la sécurité nationale se confond avec celui d’une milice privée au service des brutes et des barbares, mon devoir est de le dénoncer haut et fort.
Les faits, rien que les faits

Ce samedi 23 août 2014, les militants de la cause animale s’étaient donné rendez-vous à Maubourguet. Le club taurin de cette entité à côté de Tarbes y organisait une novillada (corrida de jeunes taureaux) à 21 heures.
L’appel avait été lancé par quelques citoyens et massivement relayé par les réseaux sociaux. C’est ainsi que près de 150 activistes venus de toute la France, mais également de Belgique s’étaient donné pour consigne de perturber au mieux ce spectacle barbare sans toutefois user de la moindre violence. Les plus sportifs sauteraient dans les arènes pendant que leurs camarades, cadenassés aux barrières s’époumoneraient à crier leur désapprobation.
Bref, un scénario pacifique de résistance bien connu de nos adversaires et des autorités.

Les militants connaissent les risques, mais...

L’histoire de la lutte anti-corrida, et particulièrement depuis le lynchage de Rodilhan en octobre 2011, est ponctuée en permanence de violences graves perpétrées par les aficionados contre les protecteurs des animaux. Dès lors, chaque militant, qu’il agisse sous la bannière d’une association ou en tant que simple citoyen, n’ignore pas qu’il peut être confronté à la sauvagerie des amateurs de torture animale.
De même, celui-ci est bien informé qu’il se met en marge avec la loi dès lors qu’il participe à une action de désobéissance civile.
Mais doit-il maintenant envisager qu’il va être systématiquement tabassé, gazé et insulté par les CRS ? La question ne se pose plus depuis ce samedi 23 août 2014.

Policiers et aficionados : même combat ?

Ne soyons pas naïfs, l’image d'Épinal, qui verrait les militaires bleus déposer leur casque et rejoindre nos troupes, n’est qu’un doux rêve. La révolution ne se fait pas dans la dentelle et chacun comprendra que l’autorité doit jouer son rôle, ce sont les règles du jeu. Quand un militant s’attache aux barrières ou se met à courir au milieu du ruedo, il sait qu’il en sera délogé, et avec une certaine fermeté dès lors qu’il ne collabore pas.

Mais fermeté ne rime pas avec violences gratuites.
La liste qui suit est loin d’être exhaustive. À l’heure où j’écris ces lignes, les militants se remettent à peine de leurs émotions et leurs témoignages commencent seulement à nous parvenir, mais voici quelques exemples de ce qu’il s’est vraiment passé à Maubourguet le 23 août 2014 :

Les activistes qui ont sauté dans l’arène ont été massivement gazés à bout portant, ce qui est formellement interdit par la procédure et le code de conduite des policiers en maintien de l’ordre. Ceux qui couraient dans le ruedo ont été frappés à coups de matraque dans les bras et les jambes, parfois sur la tête. Une fois plaqués au sol, ils ont systématiquement été étranglés et tabassés à coups de pieds. Ce qui fera dire à Patrick Sacco, président de l’association Respectons « en 30 ans d’activisme, je n’ai jamais vu un tel déchaînement de violence! »… et il parlait bien de la police. Le cynisme d’un des représentants de la loi a été jusqu’à poser devant l’appareil photo d’un aficionado tout en étranglant Patrick.

Benjamin (militant belge d’Animaux en Péril) raconte également : « Je courais dans l’arène, les CRS visaient systématiquement ma tête avec les lacrymogènes. J’étais complètement aveuglé, mes yeux brûlaient. Ils m’ont ensuite plaqué violemment au sol pour me traîner jusqu’à la sortie et là, sous le porche, ils m’ont roué de coups de pied, c’était complètement gratuit ».

Didier, un militant du CRAC, alors qu’il voulait protéger une jeune fille agressée par des aficionados a été tabassé par trois amateurs de torture animale devant des CRS qui se sont fait prier pour intervenir.

Pire encore, un autre militant raconte « des policiers me traînaient par la ceinture quand des aficionados sont venus l’aider, cette aide providentielle semblait lui convenir ».

Françoise, une autre militante d’Animaux en Péril bien connue, était attachée aux barrières avec Nathalie. Toutes les deux racontent : « Pendant que les policiers essayaient de couper nos cadenas, des pervers venus admirer le spectacle nous tiraient par les cheveux sans que les représentants de l’ordre ne leur disent de cesser. Pire encore, nous avons reçu une gifle du policier parce que nous continuions à siffler ».

Pendant que les policiers se déchaînaient sur les activistes dans le ruedo, les aficionados s’en donnaient évidemment à cœur joie dans les gradins. C’est ainsi qu’on retiendra particulièrement le cas du militant que plusieurs aficionados ont essayé de jeter au-dessus de la rambarde de sécurité du haut des arènes ou encore le courageux Emeric qui, après avoir reçu un coup de poing dans le menton s’est vu infliger un coup de barre à l’arrière de la tête. Ce dernier, qui aurait pu être tué, a été emmené d’urgence à l’hôpital. Il souffre aujourd’hui d’une grave blessure.

Les agresseurs d’Emeric, de Didier, de Françoise et des autres n’ont, évidemment, pas été interpellés !!!

Dans le noir, c’est encore plus facile

Hors des arènes, le calvaire des militants était loin d’être terminé. Dans les rues sombres de la ville, ils ont été nombreux à subir les assauts de certains CRS dont les plus bas instincts semblaient se réveiller dans l’absence de clarté. Alors que ceux qui étaient venus dénoncer la barbarie n’avaient que leur voix pour seule arme, ces derniers ne comptent plus les coups de matraque et de bouclier ainsi que les litres de gaz lacrymogènes.
C’était à ce point inimaginable que j’ai pu constater personnellement le désappointement de quelques CRS découvrant que leur bombe de gaz était déjà vide.

On retiendra également ce moment très révélateur des consignes données aux policiers : alors que 4 aficionados donnaient des gifles à une jeune femme, des militants ont tenté de s’interposer, de nombreux coups se sont échangés devant les hommes en uniforme sans que ces derniers ne lèvent le petit doigt !

Un CRS se revendique aficionado et lance une charge contre le président du CRAC

Alors qu’il était déjà bien tard et que les militants se contentaient de continuer à scander « corrida basta », une dizaine de CRS a violemment chargé dans l’assemblée, sans aucune sommation. Les hommes en arme ont alors plaqué Jean-Pierre Garrigues, président du CRAC et l’on embarqué avec une violence inouïe et complètement disproportionnée.
Dans le même temps, j’apprenais de la bouche de personnes de confiance que le chef de cette section de CRS ne s’était pas retenu pour affirmer son grand amour pour la corrida.

Les preneurs d’images arrêtés arbitrairement

Chacun pourra le constater, très peu d’images circulent sur ces événements et pour cause... Les photographes et vidéastes « habitués » des arènes ont tous été arrêtés dans les gradins avant que « le spectacle » ne commence. La raison évoquée d’un contrôle d’identité, qui n’a jamais eu lieu, constitue donc une arrestation arbitraire, dans un pays démocratique. D’autres, qui ont essayé de prendre le relais avec de petits appareils photo se sont vus roués de coups par les aficionados.

Expédition punitive

Après les événements Rion-des-Landes et Rodilhan en 2013, nous n’avons maintenant plus aucun doute ; les ordres donnés par le grand aficionado et chef du gouvernement français Manuel Valls sont ne nous casser.
Pour la troisième fois consécutive, nous comptons dans nos rangs, de nombreux blessés victimes de violences policières. Dans le même temps, les forces de l’ordre et les aficionados sont, évidemment, dans l’impossibilité de nous faire valoir la moindre égratignure. Ces « débordements » des CRS ne sont pas le fruit du hasard. Ils ne sont pas non plus la conséquence de bavures, mais bien le résultat d’une volonté politique totalement indigne d’un état démocratique.
Tout le système est corrompu par la mafia tauromachique des amis de Valls. Pour s’en convaincre il suffit de constater que le procès à charge de nos agresseurs pour des faits qui remontent à 2011 n’est toujours pas mis à l’agenda alors que l’enquête est bouclée depuis un an. Dans le même temps, Christophe Marie (Fondation Brigitte Bardot), Jean-Pierre Garrigues (CRAC) et moi-même sommes depuis mars 2014 renvoyés devant le tribunal correctionnel pour avoir organisé la manifestation à Rion-des-Landes moins de 9 mois plus tôt… Cherchez l’erreur.
Et ce n’est pas la garde à vue de Jean-Pierre Garrigues durant plus de 20 heures ce week-end qui viendra contredire cette conclusion. La première audience de son nouveau procès est d’ores et déjà programmée en janvier prochain, soit dans moins de six mois !!!

France, cher voisin, tu nous fais honte

En tant que citoyen belge, je suis toujours terriblement consterné par l’attitude des CRS, voire des gendarmes lors des manifestations auxquelles Animaux en Péril participe ou co-organise en France. Comment un pays aussi proche de nous et qui se vante d’être la terre des Droits l’Homme peut-il nous renvoyer une image aussi pitoyable de sa démocratie.
Ce samedi à Maubourguet, des CRS se sont comportés comme des crapules, et je pèse mes mots. Cette police là, ce jour-là, n’en était plus une, mais s’était mutée en une milice à la solde d'individus pervers dont le loisir est d’admirer la torture d’un herbivore à l’arme blanche.
Ce jour-là, à Maubourguet, l’aficion et la police ne formaient qu’un !
En Belgique, tout n’est pas rose, mais dans cette situation, il ne se passerait pas 24 heures avant qu’un parlementaire n’interpelle le ministre de l’Intérieur.Parce qu’en effet, au-delà des faits, le plus grave reste encore qu’en haut lieu, cela ne semble choquer personne.



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